Last plane

Voici exactement six semaines que, après 16 jours de voyage, je suis arrivé à Concordia et je prends seulement le temps d’écrire ici. J’ai bien donné quelques nouvelles, posté quelques photos sur mon compte Mastodon mais guère plus.

Des semaines denses, stressantes mais déjà passionnantes.

Des premières semaines éprouvantes aussi. Physiquement.

Je m’en suis plutôt bien sorti comparé à d’autres mais l’arrivée à Concordia, ça cogne. Pas tant le froid, d’autant plus qu’en cette fin d’été, il faisait encore un « agréable » -25° à -35°C très supportable avec notre équipement polaire. Et puis la station est chauffée.

Non, le plus difficile à supporter à l’arrivée (et, en réalité, ça va nous suivre tout au long du séjour), c’est l’hypoxie, le manque d’oxygène. Je vous raconterai.

(© Stéphane Fraize / Institut Polaire Français / PNRA)
2 jours après l’arrivée, c’est pas terrible… (© Stéphane Fraize / Institut Polaire Français / PNRA)

J’ai fait partie des derniers arrivants. Lors de mon atterrissage, nous étions encore environ 60 dans la station avec une ambiance de fourmilière.

Je n’ai eu que 3 jours pour prendre la main à Fabien, mon prédécesseur. Heureusement, nous avions beaucoup échangé depuis le mois de septembre et le relai s’est fait facilement.

Et petit à petit, la station s’est vidée. L’ambiance générale s’est faite moins grouillante. Plus épuisée aussi par l’intensité du travail fourni en cette fin de campagne d’été autant par l’équipe des techniciens (majoritairement français) que les professions de supports (majoritairement italiens) ou que les scientifiques.

Les départs étaient l’occasion de fêtes, animées mais raisonnables, qui avaient souvent lieu à la « Spacca ossa », la boîte à la mode à Concordia (une tente extérieure, située au milieu du camp d’été et qui n’est chauffée qu’à la demande. Comme tout le reste du camp d’été, elle a été désactivée et mise en hivernage début février). Elle tient son nom et son enseigne d’une médecin de recherche de l’ESA qui, il y a une dizaine d’années avait prodigué moult conseils de prudence aux fêtards avant de sortir, de déraper sur une plaque de glace et de se casser la jambe !

L’entrée de la Spacca ossa (© Stéphane Fraize / Institut Polaire Français / PNRA)
(© Stéphane Fraize / Institut Polaire Français / PNRA)

De mon côté, j’occupais mes journées à fouiller chaque recoin de l’hôpital, essayer tous mes appareils, organiser un hôpital de secours situé dans « l’Astro-shelter » (un bâtiment d’astronomie situé à 400m de la base, chauffé en permanence, et qui doit nous servir de premier point de repli en cas de nécessité d’évacuation). J’étais aidé dans cette tâche par Solenn, notre super infirmière de campagne d’été.

Solenn (© Stéphane Fraize / Institut Polaire Français / PNRA)

Et puis est arrivé le dernier avion.

Même si, en réalité c’était toujours le même puisque Concordia est quasi exclusivement desservie par une seule compagnie, canadienne, qui implante son Basler BT-67 et son équipage à la station Mario Zuchelli (MZS) de novembre à février pour assurer la desserte des stations de cette partie de l’Antarctique.

Avec 24 heures d’avance, pour cause de mauvaise météo prévue sur la côte, l’avion est arrivé de MZS pour emmener les derniers campagnards d’été français vers DDU (Dumont-d’Urville, la station française de Terre Adélie). Les Italiens du bureau ICT (Internet and Communication Technologies) les ont salués en diffusant la Marseillaise à l’extérieur de la base.

Et puis il est revenu le lendemain, juste après le petit déjeuner pour emmener les Italiens vers MZS.

Nous n’étions plus que 12.

Une des premières choses que nous avons faites, c’est d’installer une grande table dans le living room, plus cosy que le restaurant et son ambiance de réfectoire.

Il a fallu organiser les premiers tours de corvées collectives : vaisselle et ménage.

Et, petit à petit, nous avons pris notre rythme d’hivernants.

Il y a 11 jours, nous avions encore un soleil de minuit, pour la dernière fois avant longtemps.

Le lendemain, nous nous sommes réunis sur le toit de la station pour admirer le premier coucher de soleil depuis 4 mois.

(© Vincent Morel / Institut Polaire Français / PNRA)
(© Stéphane Fraize / Institut Polaire Français / PNRA)
(© Stéphane Fraize / Institut Polaire Français / PNRA)
(© Stéphane Fraize / Institut Polaire Français / PNRA)

La transition est extrêmement rapide et, même s’il fait encore clair en permanence et que nous ne voyons pas les étoiles, le soleil passe déjà 5 heures sous l’horizon, nous offrant des couleurs magnifiques.

En-dehors d’une inhabituelle semaine de « redoux » (-25°C), les températures descendent tranquillement. Le thermomètre ne dépasse plus guère les -40°C en journée et passe sous les -50°C la nuit.

Aucune feuille morte à l’horizon, pas de châtaignes sous nos pieds ni de citrouilles à ramasser mais nous le sentons bien : l’hiver arrive.

(© Institut Polaire Français / PNRA)

3 réflexions sur « Last plane »

  1. OrCrawn

    Ça fait chaud au cœur d’avoir des nouvelles avec des photos. Merci pour ce journal d’aventure, on dirait une autre planète vu de Paris.
    On espère avoir des nouvelles vite !

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  2. Dominique Dupagne

    Bonjour Boree, sympa d’avoir de tes nouvelles. Pour être austère, ça a l’air austère ! On attend la suite avec impatience !

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