7 Oct 2011

La réponse de Martin Winckler

Martin Winckler vient de me répondre sur son blog. En toute amitié. 🙂

Voici le début de son texte.

Vous pouvez en lire l’intégrale ici.


***

« Je fais chier, et j’assume »

Armer les patients contre ceux qui les martyrisent est une obligation morale du professionnel de santé (Réponse à Borée)

par Marc Zaffran/Martin WInckler
Article du 7 octobre 2011

 

Voici la réponse à la lettre de Borée « Tu fais chier, Winckler », postée il y a quelques jours sur ce site, au sujet de la série « Les médecins maltraitants »

Cher Borée,

D’abord, merci de m’avoir envoyé ton billet un peu avant de le publier, comme une lettre. Ça m’a permis de réfléchir avant d’y répondre, de laisser le temps aux lecteurs – les miens comme les tiens – d’y réfléchir eux aussi, et d’y répondre sur ton blog puisque je n’ai pas de forum sur le mien.  [1]

Le fait que tu m’écrives me touche, je le prends effectivement comme un geste d’amitié et non de défiance, même si le ton est celui de la franche irritation.

Et bien sûr, j’ai eu des sentiments mitigés en te lisant, tout comme tu en as eu en lisant la série sur les « médecins maltraitants » (qui d’ailleurs n’est pas terminée).

Comme ton billet passe par plusieurs états émotionnels, je vais essayer de répondre de la même manière, car je ne suis pas différent de toi : j’ai des émotions et j’essaie de les transformer en pensée, mais au départ, ce sont toujours les émotions qui affleurent.

Et je vais aller plus loin : tout ce que j’écris ici, ce n’est pas ton seul billet qui le suscite, mais aussi certaines réactions à ton billet, certaines accusations larvées anciennes, et j’en profite pour leur régler leur compte. ALors prends ce qui suit comme la lettre d’un ami, d’un ami qui profite qu’un ami l’a secoué pour vider son sac, en toute confiance. Nous sommes d’accord sur 95% des choses, juste pas sur les 5% qui ont probablement trait à nos différences de personnalités. Et ça, c’est pas grave, c’est ce qui nous fait causer.

(…)

 


5 Oct 2011

Tu fais chier, Winckler

Cher Marc, (1)

Je l’ai déjà raconté dans un billet : c’est en lisant La Maladie de Sachs, alors que j’étais en 6ème année et que je me torturais pour savoir quelle spécialité choisir, que je me suis décidé pour la médecine générale. Autant dire que tu ne comptes pas pour rien dans mon choix de vie.

Dans mon activité de blogueur non plus. Bien souvent, on a souligné les liens de filiation qui pouvaient exister entre certaines de mes prises de position et les tiennes. Ce n’est rien de dire que j’en ai éprouvé de la fierté.

Tu sais l’affection que je te porte. Tu sais combien j’apprécie ta disponibilité et le temps que tu as déjà su consacrer à me répondre.

Tu sais aussi le bonheur immense que tu m’as fait en acceptant de rédiger cette préface.

Et pourtant.

Et pourtant, parfois, tu m’énerves un peu.

Il y a quelques années, je discutais avec un ami médecin. Il m’avait dit « Oui, bon, Winckler il fait chier à nous cracher dessus comme ça. Il est bien gentil avec ses grands principes mais ça ne colle pas avec les réalités. Et d’ailleurs, ce n’est pas pour rien qu’il a fini par décrocher sa plaque. »

Ça m’avait interpellé. Surtout que c’était quelqu’un de bien qui disait ça. J’avais répondu que, non, il ne fallait pas dire ça. Que beaucoup de médecins méritaient tes reproches et qu’il y en avait marre de cette confraternité qui tenait de l’omerta. Que la profession était tellement conservatrice qu’il fallait se féliciter d’entendre une voix différente qui proposait une alternative. Que j’en avais assez de l’eau tiède et que c’était toujours les révolutionnaires qui faisaient avancer le monde.

Et en moi-même, j’avais espéré qu’il avait tort. Que le modèle que tu proposais était viable. Qu’il était possible de faire de la médecine comme le Docteur Sachs.

Je le sais aujourd’hui, Sachs est un personnage de roman et la vie n’est pas un roman.

Oh ! Il ne s’agit pas de le rejeter. C’est toujours une source d’inspiration importante, une étoile à suivre. Mais, comme d’autres, j’ai bien compris que, quels que soient mes efforts, je ne l’atteindrai jamais.

Et j’en fais des efforts ! J’essaie d’être compatissant et scientifiquement solide, de ne pas juger et d’expliquer mes décisions, de respecter l’autonomie de mes patients et même de l’encourager. J’essaie d’être fidèle à la promesse que je me suis faite.

Et pourtant.

Et pourtant, lorsque j’ai lu ta série sur les médecins maltraitants, j’ai ressenti comme un malaise.

Phobique, burn-outé, distant, égocentrique, terroriste, méprisant ou manipulateur ? Je pense n’être rien de tout cela. J’espère en tout cas. Mais, pour chacun de tes portraits, il m’est revenu au moins une situation pour laquelle le patient aurait pu m’appliquer la description que tu faisais. Soit que je n’aie pas été bon ce jour-là, que j’aie adopté une attitude qui me semblait conforme à la situation, ou que le patient me l’ait prêtée parce que c’était sa vision.

Et je me suis dit que mes patients auraient pu te lire (ça pourrait bien arriver puisque je fais régulièrement de la pub pour ton blog) et que, suivant tes conseils, ils auraient bien pu me faire une lettre comme tu le leur recommandes.

Auraient-ils eu raison ? Peut-être. Ou peut-être pas. Ce que je peux te dire en tout cas c’est que ça m’aurait certainement profondément blessé.

Tout récemment, le ton est monté avec une mère qui ne comprenait pas que je ne « veuille pas soigner » la rhinopharyngite de sa fille (qui toussait mais n’avait pas de fièvre et me souriait de toutes ses dents). J’ai passé 30 minutes à essayer de lui expliquer, à marquer mon empathie « Je sais que c’est pénible et désagréable. », à lui imprimer les fiches-conseils de Prescrire. Mais, non, décidément elle voulait un SIROP et a conclu « On m’avait bien dit à l’école que vous ne vouliez pas soigner les bronchites des enfants. Je n’avais pas voulu le croire mais… ».

Ça ne voulait rien dire. Je savais que j’étais scientifiquement fondé, que j’avais eu – ou au moins essayé d’avoir – une attitude ouverte et compréhensive. Mais ça m’a vraiment fait mal d’entendre ça et de sentir cette injustice. Et c’était probablement dit dans ce but.

Cette maman aurait très bien pu, après t’avoir lu, décider d’aller un peu plus loin et de me faire une lettre. Je pense que je l’aurais vraiment très mal vécu. Peut-être même aurait-elle pu suivre ton conseil et décider de ne pas me régler puisque « je n’avais pas rempli la fonction » qu’elle attendait.

Quand je vois que ton édito sur les patients responsables peut être repris dans les commentaires d’un de mes billets pour justifier la non vaccination d’un enfant contre le tétanos, je me dis qu’il y a un souci. J’imagine que ce n’est pas ce que tu voulais dire et que tu ne soutiendrais pas une telle position. Mais, à te faire l’avocat d’un patient parfait, tu sembles en oublier à quoi ça peut mener.

Oui, les patients ont besoin d’être défendus. Oui, ils ont été méprisés par l’ancien système et la corporation médicale, dans sa globalité, n’a pas eu le beau rôle.

Je continuerai à parler de ton blog, à offrir le Choeur des Femmes à mes stagiaires, à revendiquer avec fierté ma filiation symbolique.

Mais je crois qu’il est important de dire aux autres médecins, et plus particulièrement aux plus jeunes, que ce que tu proposes est une utopie. Qu’il faut en faire une source d’inspiration mais ne pas se désespérer de ne pas réussir à incarner cette perfection.

Parce que, de toute façon, nos patients ne ressemblent que rarement à tes patients de roman, idéaux et responsables.

Il y a des médecins qui sont des sales cons, c’est une réalité et il ne faut pas hésiter à le dire.

Il y aussi des sales cons parmi les patients.

Tu dénonces les médecins pervers et manipulateurs ? Nous en avons déjà tous rencontrés parmi nos patients.

Et bien sûr qu’il y a des patients irresponsables !

Ce n’est pas parce qu’ils sont des patients qu’il n’en existe pas des pervers, manipulateurs, irresponsables, incohérents, inconstants, menteurs ou malhonnêtes. C’est normal, ce sont des êtres humains et nous devons faire avec.

Alors, je ne voudrais pas être considéré comme une vulgaire Monica Lewinsky se retournant contre son Pygmalion ou, pire, comme Brutus ou Judas, mais je me dis que s’il m’arrive de culpabiliser de ne pas être à la hauteur, je ne dois pas être le seul.

C’est pourquoi, je te le dis : continue à nous inspirer, à nous proposer une direction mais, si tu veux que nous te suivions, s’il te plaît soit un peu moins intransigeant, un peu moins dur, avec nous.

Parce que, c’est vrai, parfois tu fais quand même chier, Winckler.

(1) Martin Winckler est le nom de plume du Dr Marc Zaffran.

***

Post-scriptum

(édité le 6 octobre à 17h50)

Les nombreux commentaires et réactions à ce billet m’ont permis d’affiner ma réflexion et de la préciser.

Je n’ai apparemment pas été le seul à ressentir un malaise, en particulier parmi la génération des « filles et fils de Sachs ». Si ce billet a permis au moins à certains (moi compris) de perdre un peu de culpabilité en se rendant compte qu’ils n’étaient pas seul(e)s à partager ces sentiments, je suis heureux de l’avoir écrit.

Bien sûr que Martin Winckler a une position assumée d’emmerdeur et que cette fonction de poil à gratter est tout aussi désagréable qu’indispensable. Et, de fait, le problème n’est probablement pas dans ce que pense Winckler mais dans la manière dont il l’écrit. Plus encore, dans la façon dont il va être lu et interprété.

Je pense qu’un grand nombre de médecins français sont « d’honnêtes médecins ». Peut-être pas toujours au top scientifiquement, peut-être pas toujours avec le recul nécessaire sur leurs pratiques mais, fondamentalement, honnêtes.

Et l’idée que l’un d’entre eux reçoive un courrier d’un patient qui, ayant « mal digéré » les écrits de Martin Winckler, l’accuse de « maltraitance » là où il n’y aurait qu’une parole malhabile, oui, ça m’ennuie un peu.

Winckler ne nous propose que des archétypes (c’est son propre terme). Soit, d’une part, de médecins de romans idéaux (Sachs, Karma) qui ont des failles, certes, mais uniquement personnelles et jamais professionnelles. Soit, d’autre part, d’épouvantables médecins maltraitants (qui existent, c’est indéniable mais qui sont minoritaires). Soit, également, de patients tout aussi idéaux dotés eux-mêmes d’une forte capacité d’analyse et de recul (et on peut raisonnablement penser que c’est le cas de la majorité de ceux qui font l’effort de le lire mais que ce n’est peut-être pas vrai de la population générale).

Ce travail est certainement utile pour aider les patients à se repérer et à se défendre mais, par sa nécessaire simplification, il prend le risque de devenir réducteur. Je crois qu’une grande part du malaise que nous pouvons éprouver, nous médecins, c’est que nous avons conscience que nous ne parviendrons jamais à l’idéal positif et que, du coup, nous sommes troublés de n’avoir comme alternative de représentation que l’extrême inverse.

Alors que, dans la réalité, nous sommes tous entre les deux et même, probablement  pour les lecteurs de Winckler ou de ce blog, plutôt du côté clair de la Force. Au final, le sentiment peut être que Winckler ne parle pas vraiment de nous et de nos réalités et la crainte que ses lecteurs, ne nuançant pas suffisamment ses écrits, ne nous jugent à l’aune de ces archétypes.

Et, bien sûr, ce malaise n’existe que parce que nous apprécions Winckler et que nous accordons du poids à ce qu’il dit. Venant d’un vieux con, ça nous affecterait certainement beaucoup moins.


14 Mar 2011

L’examen « à l’anglaise » – et autres mises au point gynécologiques

Je vous avais déjà raconté la première fois que j’avais fait un examen gynécologique en « position anglaise » (ou en « décubitus latéral ») en m’étant inspiré de ce qu’avait dit Martin Winckler dans Le Choeur des Femmes.

Je vous avais dit aussi que j’avais fini par me remettre à la position classique après quelques essais un peu lamentables.

Mais, comme annoncé, je suis allé passer une journée auprès d’un ami gynécologue qui, depuis qu’il a lui aussi lu ce livre, ne travaille pratiquement plus que de cette manière.

Merci à lui de m’avoir accueilli à ses côtés, et à ses patientes d’avoir accepté ma présence.

En fait, c’est super facile !

Je me suis donc décidé à faire le billet que j’aurais aimé trouver après avoir refermé Le Choeur des Femmes.

Plus précisément, ce billet a pour objet d’aborder trois choses différentes mais qui se rejoignent :

l’examen gynécologique en décubitus latéral

la pose de DIU selon la technique « directe »

l’utilisation (ou non) d’une pince de Pozzi.


***

L’examen gynécologique

en décubitus latéral

(« à l’anglaise »)

En réalité, la position que je vais décrire n’est pas exactement celle qu’évoque Martin Winckler.

Comme il l’avait expliqué, j’avais fait des essais en demandant à la patiente de se coucher sur le côté et en remontant les deux genoux vers le torse (en « chien de fusil »). Ce n’est pas forcément très pratique pour le médecin et ce n’est pas le plus confortable pour la patiente.

La position que je vous propose est donc la suivante : la patiente s’allonge sur le côté, la jambe qui est au contact de la table d’examen reste étendue et seule l’autre vient se replier (un peu plus haut que dans la PLS).

Cette position est plus stable, plus confortable pour la patiente et probablement moins gênante (la patiente a moins l’impression de nous « tendre les fesses ») que celle décrite dans Le Choeur des Femmes.

On obtient donc quelque chose dans ce style :

Pour le médecin, on est bien sûr un peu moins à l’aise que dans la position classique : il faut rester debout, sur le côté de la table d’examen, derrière les cuisses de la patiente. Et se pencher un peu.

Une table qui peut monter assez haut vous rendra les choses moins acrobatiques. Pensez également à la qualité de l’éclairage (une bonne frontale à LED achetée dans un magasin de sport fait très bien l’affaire).

Un médecin droitier sera probablement un peu plus à l’aise avec une patiente allongée sur le côté gauche et inversement. Mais je l’ai fait dans les deux sens et ce n’est pas très différent.

Idéalement, on peut recouvrir la partie inférieure du corps par un drap et n’écarter que ce qui est strictement nécessaire. La gestion du linge n’est cependant pas très facile en cabinet de ville et un morceau de drap d’examen en papier fait un honorable pis-aller.

D’une main, on va alors soulever la fesse et la grande lèvre supérieures pour dégager la vulve et introduire le spéculum avec l’autre main.

(Si vous avez du mal à visualiser la position du médecin, imaginez que vous entrebâillez un coffre et que vous vous penchez pour voir le trésor, tout en maintenant le couvercle de votre main gauche.)

Après avoir lubrifié le spéculum bien sûr mais, ça, vous le savez.

Ce qui avait rendu mes premiers essais assez lamentables, c’est que je cherchais à aller beaucoup trop vers l’arrière.

En fait, le spéculum doit venir s’appuyer sur la fourchette postérieure (qui est peu sensible) et se diriger, en gros, selon l’axe du corps.

Comme dans la position classique, on fait pivoter le spéculum à mi course avant d’ouvrir les valves.

(Sur ce dessin, le speculum est figuré dans la position où il est présenté à la vulve. En même temps qu’on le pousse vers l’intérieur, on fait pivoter le manche vers les fesses.)

Je ne sais pas si j’ai eu de la chance ou si c’est lié à la position mais je n’ai pas galéré une seule fois de la journée pour que le col vienne gentiment se caler entre mes deux lames de spéculum.

Voilà, c’est fait ! A ce stade, vous pouvez déjà faire un frottis.

***

La pose d’un DIU

par la méthode directe

Alors, déjà pour commencer, on va oublier le mot stérilet qui est un vilain archaïsme franco-français qui sert juste à faire peur aux femmes. Nous utiliserons donc l’acronyme DIU (Dispositif Intra-Utérin) qui n’est pas le plus facile à prononcer mais qui correspond à un usage international et qui est beaucoup plus neutre.

En France, et tout particulièrement dans le domaine de la gynécologie, on se dit souvent que si c’est compliqué et, si possible, douloureux, c’est sûrement mieux.

Donc, pour poser un DIU, je faisais comme j’avais appris consciencieusement : pose d’une Pozzi (j’y reviendrai), hystéromètre pour mesurer la profondeur utérine, réglage de la bague du DIU, je mets le tube inserteur (quand il n’y a pas un spasme à cause du passage de l’hystéromètre…), je recule le tube en maintenant le poussoir, je repousse le tout, je retire le poussoir, je retire le tube.

Et, bien souvent, je me plante sur une étape.

A la décharge des médecins, il faut bien reconnaître que c’est le protocole qui est décrit de cette manière dans les notices officielles des DIU.

J’avais déjà entendu parler de la technique de pose directe, également appelée, de manière plus martiale, « technique de la torpille » (chez BlueGyn, par exemple). A ma connaissance, elle est très peu connue et utilisée en France.

Et pourtant, elle est super simple.

Pour commencer, on va introduire un hystéromètre le plus fin possible. On ne le pousse pas à fond, le but n’est absolument pas de mesurer la profondeur utérine mais uniquement de déterminer l’axe du col.

Quand j’avais lu ça, ça me paraissait un peu mystérieux : ne vous laissez pas impressionner. Il suffit de pousser délicatement l’hystéromètre et de le lâcher une fois qu’il a passé le col pour voir la direction qu’il prend naturellement.

(Petit détail technique : je vous recommande fortement l’hystéromètre souple CH10 de CCD. Il est très effilé et, bizarrement, nettement plus fin que d’autres hystéromètres également notés « CH10 » : le CCD fait 2 mm à son bout et 3 mm au plus large, au lieu de 4 mm pour un « CH10 Prince Medical », par exemple. Ça ne paraît pas grand chose mais ça fait une section 40% plus petite.)

On ressort l’hystéromètre et on va alors présenter le DIU au niveau du col. On se fout totalement du réglage de la bague qui sert simplement à repérer l’axe des ailettes.

Il suffit ensuite de pousser le tube inserteur jusqu’à l’isthme du col en suivant la direction qu’on avait repérée.

Là aussi, avant de le faire sous le regard bienveillant de mon formateur, je me demandais si j’allais savoir repérer cet « isthme ».

En fait, c’est en gros quand on sent une légère résistance à environ 2 ou 3 cm de l’entrée du col. Pareil : ne vous laissez pas angoisser, d’autant plus que, avec cette technique, on n’est pas à 4 ou 5 mm près.

Une fois qu’on y est, il suffit de pousser à fond le poussoir, tranquillement mais fermement. Le DIU va alors se positionner tout seul dans la cavité utérine en ouvrant ses ailettes.

C’est tout doux. Il est presque impossible de se louper, sauf anomalie anatomique ou si l’on a mal repéré l’axe du col.

On ne doit normalement presque pas faire mal. Si c’est vraiment douloureux, c’est généralement qu’on n’a pas poussé le tube inserteur assez loin et que l’on essaie de libérer le DIU dans l’isthme du col. Il suffit alors généralement de le remettre dans l’inserteur et de réessayer.

Pour le fun, vous pouvez aller voir la petite animation qu’a faite BlueGyn.

Au fait, un petit scoop : l’efficacité du DIU reposant sur un mécanisme chimique (cuivre) ou hormonal (Mirena©), on se moque totalement de sa position. S’il est « de travers » ou « pas bien au fond », il marchera tout aussi bien !

Ceci dit, on a aussi le droit de rester raisonnable : si vous n’arrivez pas à poser le DIU chez une patiente en décubitus latéral, n’hésitez pas non plus à la faire repasser en position classique où l’on a tout de même des repères plus simple et une visibilité meilleure.

***

Pince de Pozzi

C’est un instrument que je ne montre jamais à mes patientes ! Il s’agit d’une pince très longue qui se termine par deux crocs qui permettent d’agripper fermement un organe. Elle a un côté très médiéval…

En gynécologie, elle sert généralement à attraper le col de l’utérus pour tirer dessus et redresser l’utérus lorsqu’il est coudé.

Le col de l’utérus est supposé être peu sensible. C’est plus ou moins vrai chez une femme qui a déjà accouché par voie basse. Ce n’est pas vrai du tout chez une nullipare.

Lorsque j’en posais, parfois en effet, la femme ne sentait rien. Parfois c’était tout de même assez sensible et ça générait un spasme du col qui m’empêchait de passer le DIU. C’est ce qui avait dû se produire chez Isabelle.

D’après Martin Winckler, l’utilisation d’une Pozzi n’est pas nécessaire pour poser un DIU.

Je dirais plutôt que, sauf aptitudes manuelles exceptionnelles, l’utilisation d’une Pozzi n’est généralement pas nécessaire.

Lors de ma journée, il a fallu l’utiliser une fois sur les sept poses de DIU.

Par contre, si on doit l’utiliser, il y a un seul endroit où l’on « a le droit » de la fixer parce que cette petite zone est, effectivement quasi-insensible.

C’est une petite zone ligamentaire située sur le versant externe de la « lèvre supérieure » du col. Si on a besoin d’utiliser une Pozzi pour tracter le col, il faut impérativement la positionner à cet endroit, parallèlement au bord du col.

(Sur le dessin, la patiente est, bien entendu, allongée sur le côté. La « lèvre supérieure » du col se trouve donc à droite. 😉 )

Mais, encore une fois, elle ne sera le plus souvent pas nécessaire.

***

Conclusion

On m’a déjà demandé s’il existait un registre des gynécologues ou des généralistes travaillant « à l’anglaise ». La réponse est non et, de toute manière, ces professionnels sont encore très rares.

Si vous êtes un médecin (ou une sage-femme) et que vous pratiquez des actes de gynécologie, j’espère que ce billet vous sera utile pour vous décider à franchir le pas. C’est beaucoup moins compliqué que ce que l’on imagine au premier abord.

Pour commencer, choisissez une patiente avec laquelle vous avez un bon contact et expliquez-lui le sens de la démarche. Elle sera certainement indulgente pour vos tâtonnements.

Si vous êtes une patiente, n’hésitez pas à imprimer ce texte (Ici en format PDF) et à le montrer à votre généraliste ou à votre gynécologue.

Peut-être  qu’il aura une réaction de rejet et qu’il refusera d’en discuter. Il fait peut-être partie de ces gynécologues qui vous demandent aussi de vous déshabiller intégralement pour faire un frottis et qui, globalement, n’ont pas un très grand respect pour leurs patientes. Voilà éventuellement l’occasion d’en changer.

Peut-être qu’il vous expliquera que, oui mais non, qu’il craint de ne pas réussir, qu’il est désolé mais qu’il préfère rester classique. Si vous vous sentez à l’aise et en confiance avec lui, gardez-le, ce n’est pas bien grave.

Mais peut-être aussi qu’il sera soulagé que vous ayez fait ce premier pas et qu’il sera heureux d’essayer de faire évoluer sa technique grâce à vous.

En médecine, nous sommes bien souvent amenés à pratiquer des gestes désagréables, douloureux ou qui heurtent la pudeur. Parfois, ces gestes sont indispensables.

Ces gestes incontournables, douloureux ou gênants, il y en a déjà bien assez. Il n’est vraiment pas nécessaire d’en rajouter quand on peut faire autrement.

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Encore merci à Martin Winckler et à S. de se préoccuper du bien-être de leurs patientes et de partager leurs connaissances. Merci de m’avoir consacré du temps.
Un prêté pour un rendu : à mon tour de me faire passeur de savoir.
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Edition du 19 mars
Martin Winckler vient de publier ce texte/manifeste sur son blog.
Il m’a paru être un parfait complément au présent billet.