Cher ami hospitalier

Oui, Cher ami hospitalier,

J’opte donc pour la forme écrite afin de te faire part de mon, petit, agacement.

Je te l’aurais bien dit de vive voix, mais, justement, ta secrétaire, ou une infirmière du service, m’a une nouvelle fois expliqué que je ne pouvais pas, mais alors vraiment pas, te parler parce que (au choix) :

  • tu n’étais pas encore arrivé
  • tu étais en « staff »
  • tu faisais la visite
  • tu n’étais pas dans le service
  • tu étais en train de manger
  • tu étais en consultation
  • tu étais parti, merci de rappeler demain « en journée » parce que, là, il est déjà 16 h 58.

Et, vraiment, vraiment, je dois te dire que lorsqu’on me soutient qu’on ne PEUT pas te déranger quand tu es en consultation, mais qu’on peut noter mon numéro et que tu me rappelleras « plus tard », ça m’énerve.

Oui, je sais, ce n’est jamais agréable d’être interrompu en cours de consultation ou de visite. Moi-même, ça me pèse quand le téléphone sonne et que je suis avec un patient.

Mais, en général, quand je cherche à te joindre et que j’insiste un peu, c’est vraiment que j’ai un problème. Avec un patient, qui est bien souvent le tien aussi d’ailleurs. Et qui est en face de moi.

Et quand tu me rappelleras « plus tard », l’ennui, c’est que ce sera à mon tour d’être « en consultation ».

Je sais bien que mes consultations de généraliste n’en sont pas des vraies et que c’est beaucoup moins important de les interrompre que celles des spécialistes, mais quand même. Et puis le souci, c’est que le patient qui me posait problème, lui, il sera reparti, que j’aurai peut-être son voisin ou sa belle-sœur en face de moi et que ce sera beaucoup plus compliqué de se parler tranquillement.

Et si, après notre discussion, il faut que je dise quelque chose à mon patient, si je dois le réexaminer, ou lui faire une lettre ou une ordonnance, il va falloir que je le rappelle, peut-être que je le fasse revenir. Ça ne sera pas très confortable pour lui et probablement pas tellement pour moi non plus.

Donc voilà, si tu pouvais faire passer un petit message à ta secrétaire pour lui dire que, quand un généraliste te téléphone et qu’il insiste en semblant avoir un problème, ça mérite, sauf impossibilité absolue, qu’on vienne te déranger. Ce serait vraiment, vraiment sympa. Merci d’avance.

Bisous,

Borée

P.-S. Ça m’ennuie un peu de dire ça par rapport à mes convictions personnelles, mais ça se passe quand même différemment avec les spécialistes libéraux. Eux, sauf absence ou intervention en cours, ils répondent toujours. Quand ils disent qu’ils rappellent, eh bien… ils rappellent. Ils ne font jamais sentir qu’on les emmerde même quand c’est pour une question idiote. Et ils sont souvent joignables même à ces heures extravagantes où il m’arrive d’être encore en consultation et d’avoir des problèmes à gérer, du genre 18h30 ou même 19h passées !

P.-P.-S. Que ce billet soit aussi l’occasion de rendre un hommage sincère aux confrères hospitaliers, modestes assistants ou chefs de services de CHU,  qui me répondent systématiquement quand je les appelle et qui acceptent de prendre un peu de leur temps pour m’aider.

Très franchement, sachez combien je vous en suis reconnaissant et que je vous apprécie pour ça. Comme il n’y a pas de hasard, vous êtes aussi bien souvent ceux qui sont les plus disponibles pour vos/nos patients. Honneur à vous.


11 commentaires à “Cher ami hospitalier”

  • TISSERANT Jean :

    Bonjour,

    Que des vérités dans cet éditorial concernant nos Amis Hospitaliers.
    Je souhaiterais aussi savoir pourquoi lorsqu’on leur adresse un courrier par mail, ils répondent toujours par courrier postal (ou la messagerie dite « à sens unique »).
    Cordialement.
    JT Spécialiste libéral

  • Fabinou :

    C’est tellement vrai , tellement frais dans le ton, que je salue ce tacle en bonne et due forme !
    Merci pour ce bon moment Borée

  • lolorl :

    « P.S. Ça m’ennuie un peu de dire ça par rapport à mes convictions personnelles, mais ça se passe quand même différemment avec les spécialistes libéraux.  »

    Comme quoi, le système capitaliste a (parfois) du bon…

  • Poison Ivy :

    Je ne suis pas devin, mais peut-être que ce n’est pas un hasard s’il y en a qui sont libéraux et d’autres hospitaliers….

    • Borée :

      Oui mais, en même temps, je ne veux pas non plus dénigrer plus que ça les hospitaliers. Il y a des gens très biens et des glandeurs dans chaque système. Et chaque cadre présente des avantages et des inconvénients.
      Il est certain que les libéraux travaillent essentiellement grâce aux patients que leur orientent les généralistes. Il n’est donc pas surprenant qu’ils soient davantage « aux petits soins » avec nous.

      Il faut bien reconnaître aussi que quand on a des cas bien complexes, avec une dimension sociale, etc… c’est l’hôpital qui acceptera de les prendre en charge là où, le plus souvent, le système privé détournera pudiquement les yeux.

  • Fabinou :

    Et pour faire le lien avec ton post sur le CAPI, on peut penser que le bon côté du paiement à l’acte est que celui qui le perçoit est tenu de produire une certaine prestation, même si l’effet pervers est la multiplication des actes, d’où l’intérêt du panachage des modes de rémunération
    PS : Borée, tu avais oublié le repos de sécurité qui fait que le lendemain d’une garde, tu n’arrive pas à parler au collègue hospitalier qui t’a réceptionné le patient que tu as envoyé la nuit (j’y pense parce que j’en sors … de garde)

  • Erwan :

    Je sors moi aussi du post sur le CAPI.
    Autant j’étais enthousiaste pour celui là, autant je m’insurge contre celui ci.
    Il en va, pour moi, des spécialistes hospitaliers comme des spécialistes libéraux : chacun fait les horaires qu’il veut, chacun se comporte comme il le souhaite avec ses confrères, à moi ensuite de choisir mon correspondant en fonction de ses compétences et de son désir de travailler en équipe.
    Pourtant moi aussi je suis agacé par « mes » hospitaliers à moi…
    Je voudrais comprendre pourquoi, sur quelles obscures recommandations, sur quelle étude en double aveugle sur échantillon représentatif, à quelle sourate du coran ils se réfèrent pour faire ressortir tous mes patients traités par IPP et hospitalisés munis d’une ordonnance d’inexium…
    Aux chiottes les lanzo, omé et autres panto ! Au pinacle l’ésomé ( certains prennent bizarrement la peine de le prescrire en DCI…hypocrisie ?).
    Et moi pauvre capiste qui doit repasser derrière pour tout remettre en état et expliquer aux patients mon refus systématique ( et antérieur au capi) de prescrire cette molécule. 😀
    On me dit que l’hôpital a un contrat avec le labo et que le seul IPP disponible chez eux est celui là.
    Certes, je peux comprendre que dans un but louable d’économies, et par un habile mais obscur système d’échanges le pharmacien ait fait ce choix.
    Mais pourquoi diable donc les médecins l’entérinent ils ?
    Par flemme ?
    Non…impossible…

    • Borée :

      Moi aussi, j’essaie de sélectionner « mes hospitaliers » mais, bien souvent, on n’a pas le choix, notamment lorsqu’un patient est arrivé via les urgences.

      De plus, la disponibilité est un facteur d’appréciation mais pas le seul et, a priori, pas le principal. A choisir, je préfère un spécialiste qui sera difficile à joindre mais me fera une réponse précise et intelligente qu’un autre disponible mais médiocre.

      Quant à la question de l’Inexium, il me semble que vous êtes en-deça de la réalité. Ce ne sont pas seulement les « patients traités par IPP » qui ressortent avec de l’Inexium, ce sont presque systématiquement TOUS les patients. L’explication est en fait assez simple et pas si obscure que ça.

      J’avais préparé une réponse mais elle est devenue tellement longue que j’ai décidé d’en faire un billet spécifique.

      A très bientôt donc et merci de m’avoir donné l’occasion de rédiger ce futur texte.

  • Erwan :

    Oh oui ! L’inexium ! L’inexium ! 😀

    (Sinon , pour ma part, je cherche des spécialistes disponibles qui font des réponses intelligentes ;))

  • Fabinou :

    Prescrire avait sorti il y a quelques années un article sur l’agrément aux collectivités et comment les labos arrivent à pratiquement offrir les médicaments aux pharmacies hospitalières parfois sans AMM d’ailleurs …
    Il y a beaucoup à dire là dessus
    Au boulot Borée et bonne année !!!

  • Meza :

    Et imaginez quand on est que simple infirmière en lieu de vie…

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