Suicide médicalisé

J’ai déjà parlé de la confiance dans le soin et de son importance. Confiance est sœur de fidélité.

Etre fidèle à son médecin, c’est bien. Le plus souvent, c’est bon pour votre santé : le nomadisme médical donne très rarement de bons résultats.

Et puis moi je trouve ça touchant.

Mais parfois, la fidélité à son médecin confine au suicide.

J’ai vu Paulo pour la première fois il y a deux semaines.

« Bonjour, je voudrais changer de médecin. Ça fait 17 ans que je vais chez le Dr Moustache mais maintenant j’en ai marre. L’autre jour, j’avais rendez-vous à 11 heures et à 11 heures il y avait encore 15 personnes devant moi. Il m’a dit « T’as qu’à attendre ! » mais je lui ai dit que cette fois-ci, je n’attendrai pas.

Deux, trois patients, je veux bien, c’est normal, mais quinze ! Et c’est toujours pareil, pourquoi il donne des rendez-vous alors ?

Déjà, il y a 5 ans, je travaillais encore et il ne donnait pas de rendez-vous à cette époque. Eh bien, pour être à l’heure à l’usine à 9 heures, j’arrivais à minuit et je dormais dans ma voiture devant son cabinet. Et, parfois, il y avait déjà quelqu’un avant moi !

Et puis, à chaque fois, il me parle de chasse mais alors pour s’occuper de moi… Donc c’est mon voisin qui m’a dit de venir vous voir, que ça allait me changer. »

Paulo a 61 ans et 20 ans de diabète derrière lui. C’est devenu mon recordman de l’insuline : 202 unités par jour !

Il me tend sa dernière prise de sang. Une hémoglobine glyquée à 10,7%, ouch ! (cf. L’école des cancres)

Le cholestérol ça va. Avec les traitements…

Par curiosité, je regarde les résultats antérieurs que rappelle le labo. Un cholestérol total à 4,21g et des triglycérides à 20,70 g (la norme est à 1,50). Je relis deux fois. Eh beeee…

Et puis je tique, sur la date : mai 2008. « Mais, vous aviez fait des prises de sang dans un autre labo entre temps ?

– Ah non, je vais toujours au même.

– Vous n’aviez pas eu d’autre prise de sang depuis 2 ans ???

– Ben, non. Sauf à l’hôpital. Et encore, la dernière, j’ai insisté pour qu’il me la prescrive. C’est comme le médecin des yeux : je l’ai vue il y a 6 mois mais c’est parce que je l’ai demandé.

– Mmmh… Et vous êtes suivi par un cardiologue ?

– Non. Enfin, on m’a fait un électrocardiogramme à l’hôpital l’an dernier quand j’ai été pour me faire déboucher la carotide. Mais, sinon, non. Ils m’avaient dit aussi qu’il faudrait que je fasse un machin d’effort, là, avec le vélo.

– Et vous ne l’avez pas fait ?

– Mais non ! Le Dr Moustache, il ne m’a pas fait de lettre et puis il m’a dit qu’il ne s’occupait pas de prendre les rendez-vous et que je pouvais me débrouiller. Mais, je sais pas lire ni écrire alors c’est pas facile. Et puis pour aller à la ville en voiture… Moi j’ai que 700 euros par mois, vous savez. Alors, 100 kilomètres en voiture, faut que je fasse attention. »

Finalement, l’instinct de conservation l’a emporté, Paulo n’a pas envie de mourir.

Quant à moi, j’ai laissé tomber le devoir de confraternité. Dr Moustache, t’es vraiment un connard.

***

P.S. Je devance les commentaires de ceux qui risquent de penser « Oui, bon, le patient, il raconte ce qu’il veut, si ça se trouve, c’est des bobards… »
Paulo a récupéré son dossier chez le Dr Moustache et me l’a fait passer. Il n’y a effectivement aucune prise de sang depuis celle de 2008. Et encore, sur celle-ci, Moustache a griffonné « Analyse prescrite par la diabétologue »

17 commentaires à “Suicide médicalisé”

  • ptitdoc :

    Je suis scotchée. Vraiment. Comment peut on en arriver à ce niveau d’incompétence ???
    Et dormir devant le cabinet ; non mais on rêve là…

  • Apolonia :

    haa les medecins où nous devons aller devant le cabinet a 7h du matin… sachant qu’il ouvre a 9h… et que devant soi on a deja 1 voir 2 personnes… et qui s’occuper de nous a la va-vite !! j’ai connu… maintenant c’est vive le medecin de campagne !!! avec les discussions sympas le sourire, avoir le temps d’une vraie consult, l’impression d’être autre chose qu’un rhume …..

  • charbonnel :

    pourquoi les moustachus attirent autant ta vindicte 🙂 ?

    La question que je me pose est l’assiduité des patients à fréquenter ce type de médecin (que nous connaissons tous ).
    Pourquoi les patients ne se disent pas « autant ne pas se soigner » ?
    L’insulinothérapie est contraignante, ils devraient essayer de faire que ce soit un peu efficace.

  • chantal :

    Mon généraliste de la campagne francaise est super! Toujours le temps à écouter les doléances de ses malades. Dommage que c’est bien trop loin pour le consulter.

    Maintenant, j’ai tenté pour la seconde fois (en 5 ans) de trouver un médecin ici et c’est à nouveau un échec. Ce n’est pas aussi grave que dans ce cas (tout avec RV plus ponctuel qu’en France), mais il n’y a pas un dialogue entre médecin/ malade. Une fois les examens fait, tout est bon et donc au revoir. Sauf que je me sens toujours aussi mal fichu qu’avant, mais cela ne l’intéresse pas.

    Comme je ne vais pas consulter un autre, je choisi de faire comme je le sens, pour vivre un peu ma vie. Certains médecins, il les faudrait mettre partout sauf en présence de malade.

    Mais il faut dire, quand j’étais enfant, devant le cabinet médical allemand, les patients attendaient dès 6H du matin alors qu’il n’ouvrait que vers 8H. Celui qui arriva vers 8h avait souvent 20 personnes devant lui.

    @Charbonne: je pense que les personne « suivies » par des médecins tel que « Dr M. » restent parce qu’ils craignent que cela ne peut qu’être pire ailleurs (ou trop loin pour le prochain).

    Heureux ceux qui ont un médecin digne de ce nom. Bon dimanche

  • Gélule :

    Et il y a des petits bleds où tout le monde se connaît, et où les gens ont peur du « qu’en dira-t-on » s’ils osent quitter le Docteur Moustache, installé là depuis des lustres, que tout le monde connaît, qui connaît tout le monde…. il ne faudrait pas qu’il soit dit……
    Bien d’accord avec toi sur le diagnostic pour ton con(frère).

  • Candice :

    Une amie de ma famille qui vit aux Antilles vient de passer l’été avec moi pour se traiter parce qu’on lui a découvert un cancer du sein multimétastatique : lacher de ballons cérébral et pulmonaire …
    A 58 ans, sa dernière et première mammo remonte à … 8 ans !, et quand elle allait voir son docteur, assez souvent pour ses céphalées et vomissements, elle repartait avec une prescription de bilan sanguin (tous normaux) et des antinauséeux sans avoir été examinée. C’est une dame illétrée, qui se débrouille comme elle peut, mais on ne lui a jamais insisté sur la nécessité de ces mammos. Voilà je suis en colère car si elle avait été dépistée plutôt sa maladie aurait peut-être été curable. Au fait, chez ce médecin, les gens viennent à 5 heures du matin prendre un ticket (comme au rayon poissonnerie) et repartent attendre chez eux ! Alors mon amie qui ne conduit pas passe sa journée à attendre dans la salle d’attente … pour rencontrer ce genre de praticien. Malheureusement il semble que ce soit la seule qui puisse venir la voir à domicile pour la suite … il va falloir faire avec. (en espérant qu’elle se déplace, pas comme pour sa fille diabétique et anorexique, pour qui elle avait été appelée à l’aide quand elle était pesait 35 kg et était incapable de se lever de son lit)
    Oui il y a en France ce genre de médecins … difficile d’être confraternel en effet !

  • docteurdu16 :

    Cher Borée,
    Il n’est pas possible qu’un mouton à six pattes soit représentatif… Cela dit je connais des médecins généralistes qui font l’inverse, qui font peur à leurs patients dont la PA est à 145 / 90, qui disent à leurs patients qu’ils sont diabétiques avec une glycémie à 1,20 g/l, qui sautent sur leur siège avec des LDL féminins à 1,60 sans facteurs de risque, qui font revenir les patients tous les mois, qui prescrivent des lecteurs de glycémie comme des boîtes d’aspirine, qui font des ecg tous les six mois, et demandent des prises de sang toutes les trois minutes en prescrivant des constantes dont ils ne connaissent ni la VPP ni la spécificité, qui…, qui…,
    Tu fais quoi pour le docteur Moustache ? Tu l’as appelé ? Tu l’as dénoncé au Conseil de l’Ordre ? A la HAS ? Au professeur Allemand ? Ah, au fait il touche le capi ?
    Que fait-on dans ces cas-là ?
    Amitiés.

  • Gélule :

    @ Docteurdu16 : Mouhahahahaha morte de rire pour le « ah au fait il touche le capi? » 😉

    • Borée :

      Merci de vos commentaires.

      @ charbonnel 😉
      En effet, la question que je voulais soulever à travers ce billet est bien celle-ci. Ce type de médecins ne manque pas de patients ! Et ça a toujours été un vrai mystère pour moi.
      Même quelqu’un comme Paulo, qui a un niveau d’étude assez basique, dont les connaissances médicales sont très sommaires, se rendait bien compte que quelque chose clochait… Et pourtant, il aura attendu des années avant de se décider à changer. Et d’autres ne se décideront probablement jamais. S’agissant de leur santé et donc, quand même un peu, de leur vie, je continue à ne pas vraiment comprendre ce mécanisme.

      @ Candice
      Merci de votre témoignage qui est très touchant.
      En effet, il arrive que je vois des patients cultivés, visiblement informés et dont je me dis qu’ils ne sont pas très bien suivis. Comme je l’ai dit plus haut, ça me laisse assez perplexe mais, après tout, c’est aussi leur choix et leur propre responsabilité.
      En revanche, ce qui m’a vraiment mis en rogne dans l’histoire de Paulo, et à quoi votre propre histoire fait écho, c’est qu’on a d’autant moins le droit de faire preuve d’une telle incompétence crasse et d’une désinvolture pareille, que l’on a affaire à quelqu’un de modeste qui n’a vraisemblablement pas tous les outils pour se défendre.

      C’est vraiment ça qui nous fait passer de « l’incompétence ordinaire » (sur laquelle il faut être prudent car aucun de nous ne peut être certain de ne jamais faire d’erreurs) à la négligence criminelle.

      @ docteurdu16
      Lors de mon stage d’interne chez le praticien, j’avais justement fait mon mémoire sur le thème « Quelle réaction avoir lorsque l’on a connaissance de pratiques déviantes de la part d’un confrère ? » (lors de ce stage, j’avais en effet eu connaissance des pratiques d’un médecin qui faisait du trafic de cartes Vitale avec les toxicos et qui relevait clairement d’une qualification pénale).
      La réponse est claire (et triste) : on ne fait rien.
      L’appeler ? Il sait parfaitement ce que je pense de lui et la dernière fois que je l’ai croisé, j’étais à deux doigts d’en venir aux mains, alors…
      Le dénoncer ? Je crois que tout le monde connaît à peu près ses pratiques : l’Ordre, les instances de contrôle, les caisses qui ont tous les outils nécessaires. S’il devait y avoir réaction ce serait à eux de le faire. Mais d’une part, l’incompétence et le mépris de l’autre ne relèvent pas directement du code pénal. Tant qu’il n’y aura pas de conséquence trop lourde et trop visible, il ne pourra rien se passer (si Paulo avait fait un AVC, qui aurait pu affirmer que c’était directement à cause des négligences de Moustache ?).
      D’autre part, le Dr Moustache est très impliqué dans la politique locale (bien sûr…) et bénéficie visiblement d’un certain nombre d’appuis qui tétanisent tous ceux qui pourraient vouloir lui chercher querelle. Enfin, Moustache est maintenant à un an de sa retraite et, visiblement, on se dit que le temps qui passe suffira à stopper ses nuisances.

      Ceci dit, je dois reconnaître ma propre part de lâcheté. J’ai accueilli Paulo qui m’a touché avec sa demande sincère et simple d’être mieux pris en charge mais je me suis bien gardé d’ébruiter l’affaire. Pour une raison simple : je suis déjà presque au taquet en terme d’activité et je n’ai aucune envie de voir arriver une part significative de la nombreuse patientèle du Dr Moustache.
      Pour ne pas me laisser déborder, et en toute immodestie, j’ai renoncé à prendre toute la misère médicale du secteur sur mes petites épaules.

      Bien amicalement à tous.

  • docteurdu16 :

    Borée,
    Je me permets d’écrire après ta réponse qui est d’une grande franchise. J’en suis baba.
    Cela pose clairement la question de notre responsabilité, non pas seulement de médecin mais de citoyen. Que faisons-nous quand quatre types tabassent une fille dans le métro ? Je sais, ce n’est pas pareil, mais…
    Et la médecine est tellement difficile que je ne suis pas certain, au cours de ma longue carrière (31 ans) qui se poursuit de n’avoir pas été considéré comme nul par nombre de mes confrères…
    Je pourrais, là où j’exerce, « dénoncer » tel ou tel chirurgien, dont un a déjà été suspendu par la CPAM. Je me contente de ne pas les recommander et d’éviter, dans les limites de la déontologie (courageux mais pas téméraire), que « mes » patients s’y rendent.
    J’ai lu récemment, je ne sais plus où, une enquête américaine sur le sujet où les auteurs se désolaient du renoncement des confrères à dénoncer.
    Bravo pour ta franchise.

  • tony :

    maintenant Borée, faudrait voir sur le long terme 2 choses:
    – que feras-tu ou qui seras-tu si, malgré ta vigilance, tu as accueilli des patients récurrents au bord du gouffre comme paulo et que, de fait, ta clientèle gonfle au point, par compétence et notoriété, de remplir plus que de raison ta salle d’attente …
    – et si Paulo était, et c’est son droit, peu « compliant », comme on dit pudiquement, c’est à dire qu’il en aurait rien à foutre en fait, et que de ce fait avec le temps tu t’aperçoives que sa « compliance » à tes propositions est plus que relative (pas de suivi clinique, rendez vous loupés, pas d’enquête alimentaire, pas de fond d’oeil, pas de cardio…), tu le laisse faire ou tu rappelles Moustache ?
    tony

  • Fluorette :

    Vos écrits me touchent souvent, j’y trouve pas mal de mes questionnements de fin de journée…
    Aujourd’hui encore plus que d’habitude.

    Je suis régulièrement choquée dans mes remplacements :
    – les gens qui attendent devant le cabinet dès 6h alors que ça n’ouvre qu’à 8h30, sous la pluie, la neige parfois, je ne comprend pas (d’autant moins qu’avant de déménager je ne remplaçais que dans des cabinets sur rendez-vous). Je ne comprend ni le patient qui est prêt à attendre plus de 5h parfois en trépignant dans la salle d’attente, ni le médecin (parce que moi quand je vois 15 personnes sur les nerfs, ça m’angoisse)
    – les dossiers papier jamais sortis du placard. Comment savoir quand a été faite la dernière mammo? les vaccins? etc
    – les dossiers informatiques dans lesquels il n’y a rien, mais rien du tout… (« mais si docteur, regardez mieux, il a forcement noté toutes mes consultations »)
    – le téléphone qui sonne tout le temps : où est le respect envers le patient qui déballe sa vie ou son corps au moment où ça sonne? Comment peut-il se sentir à l’aise, parler de ses soucis, apprécier d’être les fesses à l’air tout le temps de la conversation?
    – 80 patients par jour dont 15 visites… ça me laisse toujours songeuse. Quand aux infos ils disent qu’un médecin s’est fait epingler parce qu’il ne consulte pas mais fait de fausses consults, comment ne s’en sont-ils pas rendus compte avant? C’est souvent lié avec des prescriptions démesurées : comment bien prescrire sans examiner?
    – les medecins qui n’examinent pas sont-ils des dieux qui ont la science ou des charlatans? Je me demande. J’ai peur de passer à coté de quelquechose, il y en a que ça n’empeche pas de dormir

    Je ne pretends pas tout bien faire. Et dans certains cas je n’aimerais pas être mon patient parce que je me trouve mauvaise relationnellement – pas compétente – naive – …..
    Mais tout ça je ne comprends pas

    A tony : Il est possible que paulo ne soit pas compliant. Mais nous avons tendance, à moins croire les patients, que nos confrères. J’ai moi meme eu du mal à croire qu’un confrère consulte en meme temps dans deux salles en faisant des allers-retours entre les 2 parce qu’il n’a qu’un seul appareil à carte vitale…

    • Borée :

      Désolé pour ma réactivité un peu lente… En ce moment, je suis un peu au taquet…

      @ Docteurdu16
      Je crois qu’il est vraiment primordial de distinguer la question des compétences et celle de l’honnêteté de la démarche.
      Il faut être bien imprudent et sûr de soi pour juger des compétences d’un autre médecin. Personne n’est à l’abri de commettre des erreurs, d’avoir des loupés et peut, à son tout, être « nul » sur un cas.
      Pour ma part, je fais la différence entre les « erreurs » et les « fautes ». Celles-ci sont condamnables et relèvent d’une malhonnêteté dans la démarche du médecin.
      Malhonnêteté délibérée, mépris de la personne humaine, indignité de la confiance que nous font nos patients, ou incompétence crasse et quasiment volontaire, voilà ce qui est condamnable à mes yeux. On a parfaitement le droit de ne pas savoir tout sur tout lorsque l’on est médecin. En revanche, on a, par exemple, un devoir de formation continue minimum histoire de conserver des connaissances à peu près en phase avec les données actuelles de la science.

      Quant au fait de dénoncer, encore une fois, c’est fondamentalement la mission de tous un tas d’instances officielles qui ont tous les outils nécessaires pour identifier les médecins « déviants ». C’est leur passivité qui doit nous interroger.

      @ Tony
      Concernant ta première question, elle est d’une actualité brûlante : je suis vraiment en plein questionnement personnel. Je pense que je vais probablement annoncer prochainement que je ne prends plus aucun nouveau patient.
      Quant à la seconde, la réponse est simple : je l’inscrirai à mon Ecole des cancres ! Blague à part, ce n’est pas ce que j’ai perçu chez Paulo qui est clairement venu avec une demande de cadrage pour peu qu’on l’accompagne un peu. Je l’ai revu deux fois : ça ne va pas être facile sur le plan alimentaire mais, pour tout le reste, pour le moment, il joue le jeu.

      @ Fluorette
      Merci beaucoup de votre témoignage. J’ai connue ceci moi aussi, il n’y a pas si longtemps. Après une année de rodage, la situation s’est décantée : je ne faisais plus de remplacements que dans les cabinets où je me sentais à peu près en phase, le chiffre d’affaire ou le taux de rétrocession n’étaient que des arguments très secondaire.
      Au final, c’est ce qui m’a décidé à m’installer : travailler comme JE le voulais en fonction des critères de qualité que J’ambitionnais. C’est pour ceci, et pour l’accompagnement des patients sur la durée, que j’ai accepté les contraintes et l’inconfort du statut d’installé comparativement à celui de remplaçant.

      Le simple fait que vous vous posiez ces questions et que vous ayez conservé vos capacités d’indignation est bon signe !

  • Fabinou :

    A tous, qui vous posez des questions sur comment éviter les confrères déviants : faites un tour sur http://www.desbons.com/. Sans avoir lu tout Edgar MORIN, sans être un spécialiste de la pensée complexe, et surtout sans faire à nouveau de la pub à Dominique DUPAGNE, on peut comprendre qu’une « discrimination positive » avec un système de recommandation ( sécurisé pour éviter le « google bombing ») peut palier aux insuffisances des instances compétentes
    Qu’en pensez-vous ?
    PS Borée est de garde le 3/10 comme moi pour être autant devant sa bécane ?

  • fourel :

    bonjour,

    Ca fait longtemps que c’est posté, mais j’ai peut-être un élément de réponse à votre question :
    Ce n’est pas si évident que ça de changer de médecin, même si le votre n’est pas bon.
    Il y a des départements qui ont de gros problèmes de médecins. J’habite dans l’un d’eux.

    Mes parents habitent dans ce même département, mais à la campagne. Là, les médecins commettent énormément d’erreurs qui peuvent parfois être lourdes de conséquences. Comme soutenir à un vieil homme, paysan, pour qui les médecins détiennent la connaissance et ont toujours raison, que ce n’est pas à son genou droit où il a une prothèse qu’il a mal mais au gauche. Ce vieil homme, qui ne pouvait plus marcher, qui pleurait de douleur, on a fini par le convaincre d’aller voir un médecin à 60 km de là, en ville, dans un autre département. Il avait le genou droit complétement infecté. Il a passé plus de 3 mois à l’hôpital. Là-bas, ils ne comprenaient pas comment il avait pu souffrir aussi longtemps, en être arrivé à être dans cet état là.

    Mais il continue à aller voir ce médecin, il ne conduit pas, ses enfants conduisent mais ne vont pas dans les grandes villes et ne vont pas l’emmener voir un généraliste à 60 km. Aller en voir un autre dans les environs ?
    Un exemple avec un autre médecin, de la même petite ville :
    Un homme de 73 ans atteint de la maladie d’Alzheimer a mal à une jambe, sa famille constate qu’il a une grosse boule sous le genou, que sa jambe est enflée, qu’il a la cheville énorme et les orteils qui bleuissent. Il ne se souvient pas de ce qui s’est passé, il dit qu’il est peut-être tombé pendant une promenade ou qu’il a touché une cloture électrique. C’est le début d’un long week-end où il ne sera pas possible de voir un médecin en consultation normale. La famille décide donc de l’emmener aux urgences. Là, ils le dirigent vers le médecin de garde qui se trouve être son médecin traitant. Il est 23h. Ce médecin lui dit assez brutalement, que ce n’est qu’un hématome, que lui n’a pas de problème métaphysique et que ce n’était pas la peine de le déranger pour ça. Il le renvoie chez lui. Il a été assez difficile de convaincre cet homme quelques jours après de retourner voir un autre médecin pour cette jambe qui ne s’arrangeait pas du tout. D’après cet autre médecin, il était au bord de la sépticémie.

    Ils sont tous plus ou moins comme ça dans les environs, des histoires comme ça, je pourrais vous en raconter beaucoup. Mais tous continuent à aller voir le même médecin. Les gens par là-bas ne peuvent pas faire 60 km (soit vu les routes plus d’une heure de trajet) à chaque fois qu’ils veulent voir un généraliste. Ils font avec ceux qui sont là.

    Je suis dans une ville beaucoup plus grande du même département (un peu moins de 20.000 habitants, par ici c’est une grande ville). J’y suis depuis plus de 6 ans, j’y ai un médecin traitant du même acabit que ceux cités au-dessus et je veux en changer depuis plusieurs années, là il y a plus de choix, même si d’après les échos il y en a beaucoup qu’il vaut mieux éviter. Mais les médecins que j’ai pu aller voir me disent qu’ils ne prennent pas de nouveaux patients. Quand il y en a un qui convient à ses patients, tout le monde va le voir. J’ai abandonné, ça fait plus de 2 ans que je n’ai plus vu de médecin, je refuse de retourner voir le mien.

    Je doute que la situation dans mon département s’arrange et je pense qu’il en est de même dans d’autres départements dépeuplés voire peut-être partout à la campagne.

    merci.

  • Biaise :

    T’en fais pas, y a aussi des médecins qui nous aident à comprendre qu’il faut aller voir ailleurs. Je n’y vais pas souvent alors je ne m’en suis toujours pas trouvé un depuis mon déménagement, mais la dernière en date m’a annoncé calmement « je n’ai aucune idée de ce que vous avez ni d’où ça peut venir, je vais marquer « asthénie » sur la fiche en attendant… mais faudrait que vous consultiez… »
    Elle n’a pas non plus su me dire qui consulter « cœur ? cerveau ? estomac ? ou un spécialiste de l’orteil ? ».
    Gentil de sa part d’être honnête mais si elle semblait pas mal vexée…

    Mais j’ai quand même du payer 🙁
    (phoque œuf)

  • Karine :

    Bonjour

    Je ne peux m’empêcher de réagir : il y a près de chez moi un médecin (mon ancien médecin pour être exacte) dont le comportement est assez similaire.
    Personnellement je ne vais plus le voir depuis l’adolescence mais ce n’est pas le cas de pleins de personnes que je connais.
    je suis ostéopathe et on me demande souvent conseil pour des petites douleurs. En particulier ma mère que j’ai entendu se plaindre pendant des années de ses épaules, de son dos et de douleurs dans les pieds … Après être allée chez ce médecin plusieurs fois, il a fini par lui dire que c’était « dans sa tête » et vouloir la mettre sous anti dépresseur. Suite à quelques cours de rhumato, je l’ai poussée à consulter un rhumatologue : quelques radio et le résultat était sans appel : excroissances osseuses dans les épaules et les cervicales, arthrose des sacro iliaques, canal lombaire étroit, épine calcanéenne et un début de canaux carpiens.
    J’ai interdit à ma mère de retourner le voir mais beaucoup de gens continuent. Dernièrement, j’ai vu une patiente qui se plaignait d’une cervicalgie basse au niveau de C7 D1 avec irradiation dans le bras droit. Je l’ai vu plusieurs fois sans pouvoir la soulager et à chaque fois j’ai demandé s’il était possible d’avoir des analyses complémentaires mais pour lui c’était « un problème musculaire et il n’y avait aucun danger à manipuler »(ce que j’ai toujours refuser de faire). Heureusement que ma patiente a fini par aller voir un autre médecin : elle se fait opérer dans 15 jours d’une hernie cervicale !
    je pourrais citer pleins d’autres exemples mais ce qui me désole c’est qu’en creusant un peu, je m’aperçoit que beaucoup de médecins autours de moi ont l’air de traiter leurs patients comme s’ils ne les écoutaient pas : je ne compte plus le nombre de diagnostic de sciatique alors que la douleur passe devant la cuisse et autours du genou, ou le refus de prescrire des séances de kiné parce que « ce n’est pas nécessaire/grave/handicapant » … seulement que pouvons nous faire ?
    il est délicat de dire au patient « je vous conseille de changer de médecin traitant » d’autant plus à la campagne où le choix des médecins est restreint … Alors je me contente de leur suggérer de prendre un second avis ou de consulter un spécialiste …

    au plaisir du prochain article

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