Y’a pas de miracle (contrepoint)

Visite de routine à la Maison de retraite. Je vais voir l’infirmière, une nouvelle dans la maison mais pas un perdreau de l’année.

– Bonjour, pas de soucis particuliers ?

– Ah si ! Mme Bidule, la nouvelle pensionnaire, c’est bien une patiente à vous ?!? Ça ne va PAS – DU – TOUT !

– Ah ?

– Elle n’arrête pas de déambuler. Partout ! Elle ne reste pas en place. Même à table, elle se lève sans arrêt ! Il faut faire quelque chose !

– Euh… ben… oui, certes, elle est démente (*) mais pas grabataire. Alors c’est sûr, elle déambule. Et puis, elle vient juste d’arriver, elle a besoin de se faire de nouveaux repères. Je comprends que ça ne doit pas être trop facile à gérer mais je ne vois pas trop quoi faire. Vous avez une idée, vous ?

– Ah mais non, c’est à vous de voir, hein ! Mais il faut faire QUELQUE CHOSE !

– Vous voulez que je l’assomme avec des médicaments ?

– Ah non, quand même pas.

– Vous voulez que je fasse une prescription pour qu’on l’attache ?

– Ah mais, non !

– Vous suggérez quoi alors ?

– Mais, je ne sais pas, moi, je ne suis pas médecin !

– … Ben, moi je ne suis pas le Bon Dieu.

(*) Pour la notion de démence, voir le billet Révolution

 

Edition du 30/08/11

L’ami Derek m’a offert un dessin pour illustrer ce billet :


23 commentaires à “Y’a pas de miracle (contrepoint)”

  • ptitdoc :

    Juste un grand merci en passant pour ce blog si juste.
    Une consoeur rurale.

  • camomille :

    Merci pour ton gentil message.
    Ton blog est vraiment super sympa, je transmet à mon copain qui est étudiant en médecine (et peut être futur généraliste rural), ça va lui plaire !!!

  • Guillaume :

    Très belle tranche de vie, si bien décrite, si vraie !!!
    Camarades déments, unissons nous et marchons, marchons encore. Si on ne sait pas où l’on va, et bien nous, au moins, on y va !!!

  • Borée :

    Merci de vos encouragements.
    Et merci Guillaume : j’ai bien ri !

  • Gélule :

    Aaah le tellement fameux « il faut faire QUELQUE CHOSE!! »
    Un grand classique, que du vécu!
    En garde en gériatrie on m’avait demandé une fois de prescrire les barrières à une mamie qui tombait tout le temps. Ma réponse : « pourquoi? vous voulez qu’elle tombe de plus haut? »
    Bah oui, les déments déambulent, et tombent pendant qu’ils déambulent, crient, s’agitent, tout ça….

  • Myriam :

    Quand il y en a une vingtaine, de déments, avec une AS au mieux, ne rien faire c’est de la maltraitance. Avez vous déjà diner avec eux ?
    J’ai mis longtemps à ne plus culpabiliser, quand j’étais à un douche et que 11 autres résidents étaient entrain de « déambuler » … Ce n’est pas avec la politique sociale d’aujourd’hui que nous allons avancer, alors que l’ANESM nous indique les bonnes pratiques. Pfff sont pas sûr le terrain, je me demande si nos politiciens ont des parents en « hospice, foyer ou maison de retraite ».
    Il ne faut surtout pas que par croyance, une équipe pluridisciplinaire ne travaille pas dans le même sens, c’est à dire d’accompagner des Personnes (avant d’être dément).

    Bon WE

    • Borée :

      Merci de votre témoignage, Myriam.
      Il se trouve que lorsque j’étais étudiant, j’ai fait des nuits et des journées d’infirmier dans divers services pendant 5 ans. Le rôle de soignant dans un long séjour ou une maison de retraite, je ne connais donc pas que du côté du prescripteur.
      Bien sûr que ce n’est pas facile. Mais, pour le coup, ce n’est pas qu’une tournure de phrase : en tant que médecin, on ne peut à peu près rien faire à une telle situation. Prescrire des calmants, c’est presque la garantie que le patient déambulera quand même toujours, peut-être un peu moins, mais qu’en plus il se cassera la figure.
      Par contre, vous pointez bien où est le problème car c’est en effet avant tout une question de personnel et d’adaptation des locaux.
      En 15 ans, les maisons de retraite ont totalement changé. Pour l’essentiel, elles prennent aujourd’hui en charge des pensionnaires qui étaient avant dans les longs séjours. Ceux qui ne vont pas trop mal, ils restent à la maison et tant mieux pour eux.
      Mme Bidule relèveraient très clairement d’une prise en charge en unité Alzheimer : une unité fermée mais dans laquelle les pensionnaires sont libres de déambuler, avec des aides au repérage visuel, un environnement sécurisé et du personnel en nombre suffisant.
      Notre maison de retraite n’est pas trop mal fichue mais elle ne dispose pas de ce cadre et elle est, comme beaucoup, sous-dotée en personnel.
      Et puis, honnêtement, il s’agit d’une infirmière chroniquement mal lunée : le reste de l’équipe ne voyait pas trop où était le problème. 🙂

  • Guillaume :

    @gélule : j’ai découvert quand j’ai commencé à fréquenter les maisons de retraites riches en personnes « pour qui il faut vraiment faire quelque chose » des lits médicalisés surbaissés. Du coup, « tomber » de 30 cm de haut, ça a fait diminuer de beaucoup les traumatismes. Plus besoin de barrières. Et en plus les personnes démentes, voulant la nuit déambuler un peu dans leur chambre, pouvaient se lever ET se recoucher seules. Du bonheur pour les équipes de nuit ! Le plus dur a été de convaincre tout le monde (familles comprises) que même si ça pouvait nous paraître inhabituel, ça n’était pas dangereux d’aller faire quelques tours de sa chambre à 3h du matin.

    http://www.medinov.fr/LIT_MEDICALISE_SURBAISSE_POUR_PATIENT_DESORIENTE_(ALZHEIMER).html

  • Guillaume :

    @Myriam : ne pas donner de psychotrope ou ne pas attacher quelqu’un, ça n’est pas « ne rien faire ». Au contraire je pense qu’il faut permettre à la structure d’avoir un environnement sécurisé. On sait alors à l’avance que même si les résidents font 2 h de marche en rond, il n’ont aucun risque de se prendre les pieds dans un tapis, de buter sur une marche, de s’éclater contre une porte vitrée. Effectivement, le tissu social peut laisser à désirer, et il peut être difficile de mettre en place des recommandations pourtant existantes. Mais sécuriser l’espace de déambulation permet de doucher un résident en sachant que personne ne se fera mal. C’est bon pour ne pas avoir d’ulcère.
    Vive l’open space !!

  • Guillaume :

    Cela dit, il faut être réaliste. Des sous pour aménager ladite structure et embaucher 2 ou 3 personnes de plus, c’est ce qui manque souvent 🙁

  • Gélule :

    @ Guillaume : je connaissais de réputation ces fameux lits, mais le CHU n’est pas encore équipés … J’ai vu une fois le matelas à même le sol pour des raisons similaires.
    Dans le même style d’équipements, il y a les protecteurs de hanches pour les « chuteurs », j’en ai jamais vu mais il paraît qu’une fois qu’on a viré tout ce qui pouvait l’être comme risque de chute, ça reste la meilleure protection contre les fractures du col. enfin de ce que nous disaient les profs de gériatrie 😉

    • Borée :

      @ Gélule
      Ces lits surbaissés sont vraiment très bien pour ces situations. J’en ai fait acquérir quelques uns à notre maison de retraite.
      Par contre, pour ce qui concerne les protecteurs de hanche, il serait temps que vos profs de gériatrie se mettent à la page ! C’est comme pour les aérateurs tympaniques et l’eau, qu’un généraliste ne soit pas au courant, d’accord, mais que des professeurs de gériatrie enseignent encore ça !
      Le n° 283 de la Revue Prescrire (mai 2007) a fait une mise au point à leur sujet, en reprenant en particulier les données de deux méta-analyses (Parker 2006 et Sawka 2005). Ils n’apportent aucune protection significative et sont généralement très mal acceptés avec une observance quasi nulle à moyen terme. Ils n’ont certes aucun effet indésirable notable mais il y a vraiment mieux à faire ! D’autant qu’ils sont relativement onéreux et non pris en charge par la Sécu.

      P.S. Eh be ! Autant de commentaires pour un petit billet de situation… Gardez un peu d’énergie pour le prochain billet qui sera certainement beaucoup plus polémique. 😉

  • Myriam :

    A gélule, et donc de laisser la personne dans un vide, sans aucun stimuli, remarquez que si il y a psychose ou autisme en plus c’est un avantage certain.

    Et j’imagine bien, l’infirmière mal lunée, courir après les personnes déambulant et leurs X protections …

    et en plus je suis râleuse et lunatique, sans compter les menstruations, mais tout va mieux suis ménopausée. De plus est à mon travail, je me fais insulter, violenter à chaque fois … qui suis je !!!!

    bon j’arrête, on va croire que je suis … mais l’important c’est le travail d’équipe, et en effet, je pars sur le principe qu’il n’y a pas de problème mais des solutions … c’est bien qu’elle vous ai parlé de sa difficulté.

    Bonne semaine
    si si j’ai souvent le sourire !

  • Gélule :

    Oulala, je ne pensais pas déclencher tout ça avec mon histoire de protecteurs de hanche…..
    @ Myriam : … pourquoi « laisser dans un vide »…? désolée je ne comprends pas bien…. d’autant plus que pour moi le risque n°1 de chute chez les patients âgés ce sont les psychotropes… je ne pensais pas tellement à l’environnement immédiat.
    @Borée : mea culpa j’étais pas encore abonnée ;-P et comme je l’ai dit, je n’en ai jamais vu (et n’en verrai jamais visiblement)

  • Guillaume :

    Je plaisantais en parlant d’open space. Je n’imagine rien de plus angoissant qu’une grande pièce vide, dans laquelle on est enfermé avec quelques collègues tout aussi désorientés que soi, à ne pas savoir dans que sens tourner en rond. Tant qu’à faire on peut la matelasser (et l’insonoriser pour éviter de se faire casser les oreilles par ces pauvres déments qui crient régulièrement)…. beuurk…
    J’avais vu une plaquette de présentation pour une maison, je ne sais plus où, qui m’avait emballé pour mes vieux jours, quand je serai dément déambulateur. L’unité alzheimer était composée de tout un parcours de déambulation, sécurisé (rambardes, plans inclinés, coins des murs caoutchoutés etc…) mais paysagé et super varié : différentes textures de sols, passages en jardin, végétation, fenêtres, pièces aménagées, au final l’impression de visiter sans fin une maison, humaine et chaleureuse. ça reste une unité pour personnes démentes, mais bon, ça humanise un peu les choses…
    Vous avez dit utopique ?

  • jcgrange :

    Cher Borée,
    J’ai une référence anglaise indiquant que la protection des hanches n’était pas efficace dans la prévention des fractures de hanche chez la personne âgée.
    C’est ici : http://www.bmj.com/cgi/content/full/332/7541/571?maxtoshow=&hits=10&RESULTFORMAT=1&andorexacttitle=and&titleabstract=hip+fracture+in+the+elderly&andorexacttitleabs=and&andorexactfulltext=and&searchid=1&FIRSTINDEX=0&sortspec=date&fdate=1/1/1981&resourcetype=HWCIT
    Et j’essaie d’en donner la conclusion :
    Conclusions On the basis of early reports of randomised trials, hip protectors were advocated. Accumulating evidence indicates that hip protectors are an ineffective intervention for those living at home and that their effectiveness in an institutional setting is uncertain.
    Amitiés à tous

  • Myriam :

    Je me suis certainement énervée, désolée !!! mais j’enrage quand j’entends déments à la place de personne ayant une démence. j’ai l’impression qu’on gère la maladie et non le malade. Mais je le dis, je ne suis pas « vraiment » dans le domaine du médical.. et vivons encore plus vieux, na !

    • Borée :

      Vous n’avez pas tort, Myriam. On ne devrait jamais résumer une personne à un qualificatif. On ne devrait pas dire « un dément », pas plus que « un homosexuel » ou « un juif ».
      Ceci dit, on peut aussi ne pas s’enfermer dans le politiquement correct et accepter de tels raccourcis de langage pour peu qu’ils ne trahissent pas un mépris de la personne humaine. Je crois/j’espère que c’était bien le cas dans mon billet et dans les commentaires précédents.
      🙂

  • AER :

    D’ailleurs Borée n’est pas un médecin, mais une personne ayant un diplôme de médecine. 🙂

    Sans résumer la personne à un qualificatif, les mots ont une signification, et celle de « dément » est la suivante: Qui souffre de démence. Cela n’est pas exclusif, et appeler une personne « un dément » ne nie pas les autres caractères personnels, n’exclut pas qu’elle soit blonde, brune, petite, grosse, rousse, homme, femme, etc.

    Et au passage, dire « un dément » n’est pas péjoratif (contrairement à l’expression « le dément » qui elle réduit la personne à sa seule condition de dément), c’est juste un simple qualificatif permettant d’exprimer de façon concise une partie de la personnalité de la personne sur laquelle on veut insister.

  • Myriam :

    En général, je ne supporte pas qu’on dise « oh vous êtes gentille » oui en effet cela réduit bien la personne et pourtant c’est sympa. Mais un homme ayant son diplome de psychologue, je ne vais pas le nommer car je l’apprécie beaucoup, m’a dit «  »avec toi je peux parler, c’est idiot les intellos » », là je vous promet, j’ai demandé des explications. Bon, je suis blonde maintenant !!

    C’est vrai que pour beaucoup de monde, le mot dément vient de démon, diable pas forcément folie…

    PS: Quoi vous avez un diplôme ????

  • Myriam :

    alors depuis le bisou de la mamie (mignon comme qualificatif, là c’est de moi)qui était en hypo … pas de souci,Borée, vous avez le droit de dire ce que vous vouleeeezzzz !!

    Même sur le personnel non soignant !

  • Madame Parle :

    arf ces infirmières :p

  • Meza :

    Même en temps qu’infirmière. Certains AMP et AS croient aussi qu’on a une baguette magique… Et le meilleur que j’ai pu entendre : « Ah parce que t’as pas le droit de prescrire!!!? »…O_O!

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