Les mamelles de la Médecine

Les gastro-entérites m’emmerdent. Sans mauvais jeu de mot.

Et s’il y a une chose qui m’emmerde encore plus que les gastro, ce sont les rhinopharyngites.

Et pourtant… Gastro et rhino sont les deux mamelles de la médecine générale française.

Dix minutes en prenant son temps et 22 euros dans la caisse, sans se forcer. Pour un truc où on ne sert à rien.

Parce qu’il faut bien le reconnaître : quand votre médecin dit qu’il « soigne » votre gastro/rhino, c’est un escroc. A la limite, il « soigne » votre anxiété, il « soigne » vos indemnités en vous faisant un arrêt de travail mais, sur le fond, il ne soigne rien du tout.

– Qu’on soit bien d’accord, parce que je connais les arguments : je parle des pathologies « ordinaires » survenant chez des personnes sans facteurs de risques particuliers et où l’interrogatoire téléphonique permet en 30 secondes d’éliminer les signes de gravité possibles. –

Ce qui vous soigne, ce sont vos propres anticorps à vous, tout naturels, tout gratuits, et qui savent très bien se débrouiller comme des grands contre ces maladies virales banales.

Dans le meilleur des cas, ce que vous prescrit votre médecin, va – très modérément – calmer des symptômes qui, de toute façon, ne dureraient pas longtemps. Dans le pire, vous aurez droit aux effets indésirables des médicaments et ça ira moins bien.

Alors à chaque fois que j’ai une demande de rendez-vous pour une rhinogastro, j’hésite…

Est-ce que je vais donner les quelques consignes de base, rassurer les gens et leur dire que, non, non, ce n’est pas vraiment nécessaire de venir en consultation, que je peux leur préparer une ordonnance de métoclopramide/paracétamol, qu’ils passeront récupérer et que, si vraiment ça ne va pas mieux dans 48 heures, qu’ils me rappellent et on verra ?

Ou est-ce que je vais leur donner leur rendez-vous en sachant que, pour une fois, ce sera une consultation vite faite bien faite, que, certes, je ne servirai à rien mais que ça ne se verra pas de trop et que, même si je n’en suis pas très fier, ce sera 22 euros facilement gagnés. Parce que, franchement, si je ne faisais que des consultations de 30 ou 40 minutes je ne m’en sortirais pas ?

Je n’ai toujours pas trouvé comment échapper à cette ambivalence. Je crois que, tant qu’on restera dans un système de paiement à l’acte, je ne pourrai pas.


12 commentaires à “Les mamelles de la Médecine”

  • Archambaut :

    Mon généraliste tient le même discours, au moment de prendre rendez-vous : quand ce n’est pas vraiment la peine de venir, tout le monde gagne du temps à ne pas se déplacer. D’autant qu’aller au cabinet avec une gastro (ha, ha.), ce n’est pas joyeux. Tout le monde, cependant, n’accepte pas d’avoir une maladie sans intérêt ni gravité…

    Merci pour ce blog que je découvre, et qui est loin tant par le style que par le fond d’être la logorrhée que suppose son titre 😉

    • Borée :

      Merci de ce commentaire et de vos encouragements.
      Je n’avais pas pensé que l’intitulé de mon blog pouvait suggérer cette association d’idée… Trop tard !

  • LaurenceB :

    En même temps, ça permet aussi d’avoir la personne « entre 4 ‘z yeux » et de prendre d’autres nouvelles. Il m’arrive régulièrement de passer chez mon médecin en sachant pertinemment bien ce qu’il va me prescrire, mais on reste en contact, et c’est important aussi.

  • Boisnault :

    Bonjour

    Et si notre premier rôle n’était ps de soigner mais d’éliminer les risques graves.
    entre le patient qui arrive en disant « docteur j’ai une gastro » (motif de consultation) et la réponse du docteur « vous avez effectivement un syndrome diarrhée vomissement » (résultat de consultation) il y a interrogatoire et l’examen du médecin qui va éliminer les risques graves et confirmer le « diagnostic ».
    Des enquêtes faites autour de la campagne montre la sur-utilisation des antibiotiques ont montré que les patients venaient d’abord chercher une réassurance  » ce n’est rien .. de grave » … plutôt que médicaments.
    Puis on sait que quand on a fait l’éducation des patients ils élèvent le seuil de leur besoin d’avis médical … on voit souvent les premiers enfants plus rarement les troisièmes.

    Les gastros et les rhinos m’embêtent comme toi .. mais pas toutes !

  • Ultima :

    Le paiement à l’acte a ses vicissitudes… Et plutôt que me culpabiliser (ai-je encore creusé le trou de la Sécu ?), je me donne des motifs d’accepter la rémunération cotée C :

    – l’acte à 5 minutes (rhino simple) et celui de 45 minutes (où j’explique pourquoi je ne prescris pas de « comprimé pour dormir un peu plus fort que celui qu’il a déjà » et qui manifestement ne sert à rien) seront rémunérés pareil, moins qu’une coupe chez le coiffeur.

    – dans certains cabinets où je remplace, les rendez-vous sont accordés toutes les 20 minutes. La rhinodiarrée est gérée en 5 minutes et je profite du reste pour connaitre un peu mieux ce patient, faire le tour de son dossier, le compléter (ah, vous avez pris 8 kilos ces deux dernières années), jeter un coup d’œil aux vaccins (je viens rarement, le dernier rappel date de l’armée, docteur), compléter les antécédents (un oncle et un frère stentés cette année), vérifier une contraception, programmer un frottis … ou rattraper le retard déjà accumulé sur le planning.

    – Si vraiment le patient est parti au bout de quelques minutes, il y a trois coups de fil à donner, du courrier à faire, les ordonnances à faxer au laboratoire, le certificat pour l’assurance qui traine depuis 8 jours, le duplicata d’arrêt de travail… tout cela pour zéro euros.

    – S’il advenait que – soyons fous !- l’enrhumé est parti en 5 minutes, je n’ai aucun retard paperassier, la salle d’attente est vide, et le téléphone muet, je me console en me disant que pour parvenir à ces 5 minutes qui éliminent une pathologie grave j’ai étudié pendant 10 ans. Et que pendant les 10 minutes qui me restent, je vais parcourir sur mon netbook l’article de Prescrire sur les rhinodiarrhées.

    Merci pour ce blog où je me reconnais!

  • Marietoune :

    Bonjour Borée,

    1/ Je suis enseignante, si j’ai vomi toute la nuit impossible physiquement d’aller bosser au matin d’autant plus que je dois rester un peu contagieuse. Effectivement 24 heures de repos à se réhydrater suffisent. Sauf qu’il faut absolument ce fichu arrêt de travail, même pour 1 jour. Donc obligée d’aller chez le médecin même si je sais et préfèrerais rester bien au chaud sous ma couette…

    2/ Il y a un an j’ai été voir docteur pour de fortes douleurs abdominales, que j’attribuais à une gastro vu que les enfants en sortaient. Malgré les non-vomissements et les non-diarhées, docteur a diagnostiqué des gaz et m’a prescrit du charbon. J’ai tenu encore 6 jours comme ça avant que mon mari ne m’emmene in extremis aux urgences.
    C’était une grossesse extra utérine (« ovarienne » même). J’avais 1 litre et demi de sang dans le ventre.
    Donc, parfois les gastros c’est pas des gastros.

    Bref…
    Au passage merci pour ce blog et une vision de la médecine « de l’intérieur ».

    • Borée :

      Bonjour,

      Pour l’histoire d’arrêt de travail, vous pouvez aller voir chez Jaddo. C’est un argument que je peux comprendre mais il ne s’applique pas aux enfants. Et quand c’est un patient que je connais bien et qu’il m’appelle pour ce genre de situation, je lui fais parfois l’arrêt sans le voir.

      Une gastro sans diarrhées et sans vomissements, je ne sais pas trop comment on peut dire que c’est une gastro. 😉 Ce que je dis ici, s’applique pour des symptômes bénins et qui durent moins de 48 heures.
      Quand il y a vraiment quelque chose de bizarre, il est logique de consulter.

  • Mimi_Pompon :

    Bonjour,
    Je lis votre blog depuis quelques jours et je remonte je remonte…
    J’ai été récemment en léger désaccord (joli euphémisme) avec la remplaçante de mon médecin habituel qui n’a rien prescrit à ma fille de 1 an, justement pour une gastro. Pour moi, en sortant de son cabinet, je me dis que si elle ne m’a rien prescrit c’est qu’il n’y a rien à faire, déduction simple.

    Quand j’ai appris que si, on pouvait donner du smecta voire un peu plus fort, après 5 jours de vomissements diarrhées et un petit passage aux urgences pour déshydratation plus tard, je lui ai téléphoné et elle m’a répondu qu’effectivement elle ne prescrivait rien parce que la gastro se soignait tout seul. Certes, ce ne sont pas les smecta imodium ou autres qui soignent la gastro, ils suppriment seulement une partie des symptômes. Mais ne faut-il pas quand même en prescrire ?

    J’avoue que je ne comprends pas bien et je me demande si c’est moi qui exagère d’avoir envie de la butter parce qu’elle m’a fait vivre l’enfer 🙂 ou alors si c’est elle qui n’a pas fait ce qu’il fallait ?

    • Borée :

      Bonjour,

      En cas de gastro-entérite virale (plus de 99% des gastro en Europe), il n’y a effectivement rien qui la « soigne ».

      Le seul « traitement » d’intérêt prouvé, ce sont les solutés de réhydratation orale qui combinent glucose et sels minéraux. Il sont surtout utiles chez les nourrissons de moins de 6 mois. Chez les enfants plus âgés, en cas de gastro banale, de faible durée et intensité, on peut s’en passer à condition de bien faire boire (par petites quantités fréquentes en cas de vomissements).

      Tous les autres traitements n’ont jamais démontré aucun avantage particulier pour éviter les (rares) complications. Au mieux, ils diminuent modestement l’intensité des symptômes (selles un tout petit peu moins fréquentes, par exemple). La Revue Prescrire met même en garde contre le risque de masquer les symptômes devant alerter du risque de déshydratation.

      Bref, ce n’est pas une faute de ne pas en prescrire. Pas vraiment une faute non plus de prescrire des produits tels que le Smecta ou le Racécadotril si on y tient.
      La seule chose indispensable, c’est de veiller à l’hydratation et d’expliquer les symptômes de déshydratation. Et ne pas hésiter à recontrôler l’état de l’enfant en cas de persistance inhabituelle des symptômes ou de signe d’alerte.

      Voici un petit extrait tiré de la Revue Prescrire d’août 2011 :
      « Aucun médicament “antidiarrhéique” ou “antivomitif” ne prévient la déshydratation.
      Les antibactériens intestinaux, les ralentisseurs du transit (lopéramide, racécadotril), les argiles (attapulgite,
      smectite), les levures ne changent ni la durée de la maladie ni le risque de complications. Il est à craindre que l’espacement ou la modification de l’apparence des selles qu’ils entraînent rassurent à tort et retardent la réhydratation.
      Le lopéramide est à écarter chez les nourrissons. Il expose les enfants à un risque de somnolence gênant la réhydratation, et à un risque de paralysie intestinale.
      Les médicaments antiémétiques, alias “antivomitifs”, (dompéridone, métoclopramide, métopimazine) sont à écarter, car ils exposent à des effets indésirables parfois graves, surtout chez les enfants : somnolence, mouvements anormaux, troubles cardiaques.
      Les antibiotiques sont rarement utiles.
      Les boissons très sucrées, telles que les boissons au cola et les jus de pomme, réhydratent mal et sont susceptibles d’aggraver la diarrhée. »

  • Mimi_pompon :

    Merci de votre réponse très claire ! Je m’endormirai moins bête ce soir et surtout je saurai quoi faire (et surtout quoi penser) la prochaine fois.
    Merci encore !

  • Romandine :

    1ère gastro pour ma fille de 2 ans, nous sommes en vacances, c’est un samedi, je vais prendre conseil dans une pharmacie. La pharmacien me dit qu’il ne peut rien me donner sans ordonnance car elle est trop jeune et que je ne dois pas la laisser comme ça et consulter immédiatement, voire même aller aux urgences. J’étais venue prendre conseil mais n’avais aucune inquiétude sur l’état de ma fille et je suis ressortie avec le poids de son jugement sur les épaules : une mère inconsciente. Je n’ai pas écouté ses conseils et j’ai suivi mon bon sens : veiller à ce que ma fille ne se déshydrate pas. Vous venez de m’enlever la petite pointe de culpabilité que j’avais encore quelques années après, merci !

  • escat :

    quoi que vous fassiez vous n’empêcherez jamais votre corps de guérir ! ( mon grand-père ORL 1906-1992) en réponse à la question sur un collutoire à la gomme.

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