Chère Roselyne,

Permets-moi tout d’abord de te féliciter pour ta reconduction au Ministère. C’est là un beau témoignage de la progression de la parité en politique. En effet, quel meilleur exemple que de constater qu’une femme n’a plus besoin d’être compétente pour être considérée à l’égal des hommes ?

Permets-moi aussi, j’espère, ce tutoiement qui se veut bien plus républicain que familier.

Je sais que la campagne de vaccination contre la grippe H1N1 n’a pas été un franc succès et que c’est une croix bien lourde que tu as à porter. Ce n’est pas mon ami Christian Lehmann qui dira le contraire. C’est pourquoi je suis désolé de devoir te retourner encore le couteau dans la plaie.

Fin janvier, tu nous as enfin autorisés, simples généralistes que nous sommes, à pouvoir vacciner nos patients. Le geste était sympathique mais un peu tardif puisque nous savions déjà tous que l’épidémie était terminée depuis quelques semaines. Certes, tu répétais à qui voulait l’entendre qu’on n’était pas vraiment sûr et qu’il pourrait y avoir une deuxième vague… plus tard, au printemps, pour la Pâques ou à la Trinité. Les experts et autres relais d’opinion répétaient en choeur le message.

On savait bien, nous, qu’il n’y avait pratiquement aucun risque et, de fait, nous n’avons rien vu venir. Même pas une vaguelette. La plage est restée calme.

Aussi j’ai été bien embêté quand un de mes petits papis de 92 ans s’est présenté le 1er février avec la lettre à en-tête que tu lui avais adressée pour lui dire que, ça y était, son tour était venu de se faire vacciner.

Le problème, c’est que c’était un papi très, très gentil mais aussi très, très sourd et chez qui je dois toujours tout expliquer deux ou trois fois.

Je lui ai dit en hurlant « Vous êtes sûr de vouloir vous faire vacciner ? Vous savez, l’épidémie de grippe est terminée cette année. »

Et lui de me répondre : « Mais, c’est marqué là que je dois me faire vacciner. » En me tendant le bon.

Là, je l’avoue, je n’ai pas voulu prendre les probables 20 minutes nécessaires pour essayer de lui expliquer, en ruinant mes cordes vocales, la situation et l’inutilité de cette injection. Essayer de lui faire comprendre que celle-ci ne servait probablement à rien mais que celle qu’on fait chaque année à l’automne servait probablement à quelque chose. Mais qu’on n’était pas vraiment sûr de tout ça. Et que la grippe saisonnière et la H1N1 ce n’était pas vraiment différent mais que les vaccins ce n’était pas les mêmes…

J’ai été lâche et j’ai abdiqué devant l’en-tête de la République Française.

J’ai préféré prendre 3 minutes pour traverser la rue et aller chercher une boîte de vaccins à la pharmacie en face.

Et je l’ai vacciné.

Comme à ce moment là, il n’y avait pas de vaccins à l’unité, je me suis retrouvé avec une boîte de 10 sur les bras.

Aujourd’hui, il m’en reste donc toujours 9 qui seront périmés en août et, vraiment, je ne vois pas ce que j’en ferai.

C’est pourquoi je te renvoie cette boite, peut-être en auras-tu l’utilité ? Tu avais l’air de tellement t’amuser lorsque tu te faisais vacciner devant les caméras.

Dans le pire des cas, je sais que ça te consolera un peu de savoir que c’est 9 doses de vaccins fichues pour les patients mais pas fichues pour le cours de Novartis.

Et que ça fera toujours 9 doses de plus pour présenter des statistiques un peu moins ridicules aux enquêteurs parlementaires.

Dans l’immédiat, permets-moi de te présenter, chère Roselyne, mes salutations les plus républicaines.


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