17 août 2012

L’affaire des blouses d’hôpital

Les copains et copines blogueurs ont été à l’origine d’une chouette initiative.

Tout est parti du billet d’une blogueuse kiné, Leya-MK : « Dignité, mes fesses !« .

Farfadoc a enchaîné par un billet-manifeste : « Pour des chemises d’hôpital respectant la pudeur et la dignité des patients » (tout est dans le titre).

Elle invitait à signer une pétition.

Bien d’autres blogueuses et blogueurs ont relayé cet appel. Dr Couine a eu comme premier mérite de le faire en dessin et comme second mérite de recenser l’ensemble des billets qui s’étaient joint à ce mouvement.

Cet appel a été largement repris dans la presse, la pétition a fait parler d’elle et la Ministre de la Santé a annoncé qu’elle se saisissait du dossier.

J’arrive donc un peu après une bataille qui a eu comme seul défaut d’être lancée pendant mes vacances. Mais je souhaitais tout de même en parler ici et vous inviter à continuer à signer la pétition.

Si certains pourront trouver ce mouvement dérisoire par rapport à tous les enjeux de notre système de santé et à toutes les entorses à la dignité et au respect que l’on peut rencontrer à l’hôpital comme en ville, je reste un fervent défenseur de ces mouvements citoyens qui permettent d’avancer concrètement sur des dossiers précis. J’aime ces ruisseaux qui font les fleuves.

Cette histoire aura également été une nouvelle illustration du caractère « révolutionnaire » de la blogosphère et de sa capacité à peser sur les choses.

Toute mon amitié et mon plus profond respect à celles (essentiellement des filles pour le coup) qui ont contribué à cette initiative.


7 août 2012

Ctrl + Z

Jane est venue me voir pour la première fois il y a quatre ans.

On peut dire qu’on a une relation complexe.

Elle est arrivée avec son dossier. On venait de lui enlever un sein.

Elle demeurait un peu loin du cabinet, dans un village aux limites du canton. Ma secrétaire lui avait dit qu’en principe je ne prenais aucun nouveau patient qui habitait là-bas.

Je m’occupais cependant déjà d’une de ses amies et de son frère, un bon gros nounours heureux de vivre. Elle m’a touché avec son histoire, je lui ai dit oui. Elle a pleuré.

Avant la retraite, elle dirigeait un centre de naturo-aromathérapie. Venir me voir, moi, cartésien et adepte de la médecine fondée sur les preuves ! Ce n’était pas gagné que nous réussirions à conjuguer nos points de vue.

Mais je crois que Jane a quand même conscience des limites de l’aromathérapie et que, contre son cancer, mieux vaut tout de même assurer ses arrières.

C’est ainsi que nous nous sommes apprivoisés, je la sentais bien souvent éclatée entre les convictions qui ont fait sa vie et la confiance qu’elle nous accorde, à moi et aux spécialistes.

Elle avait tout un tas d’effets indésirables, aussi diffus et imprécis que non répertoriés dans les notices. Pourtant, elle continuait, j’en suis certain, à suivre les prescriptions que je lui proposais.

Moi, perdu dans ma rationalité, j’avais du mal à m’y retrouver. Je tâchais de lui offrir une oreille attentive et de réduire les ordonnances à ce qui me semblait le strict minimum.

Petit à petit, les choses s’étaient apaisées.
J’ai vu Jane en août de l’an dernier. J’ai écrit dans son dossier : « Pense avoir remarqué une tuméfaction de la zone de cicatrice mammaire. À la palpation, je pense que ce n’est rien d’autre que l’extrémité d’une côte avec peut-être un peu d’arthrose. Mais du moment qu’elle pense avoir remarqué un changement => échographie. »

J’écris toujours beaucoup dans mes dossiers.

Elle est revenue me voir fin novembre. Je l’avais si bien rassurée qu’elle a mis trois mois pour faire l’échographie prescrite.

Celle-ci était assez inquiétante. Ce coup-ci, c’est moi qui ai pris le téléphone pour organiser une biopsie. Les résultats sont revenus positifs.

Saloperie.

J’ai relu ce que j’avais noté. Rien à redire. Je l’avais examinée. J’avais prescrit le bilan nécessaire. J’avais évité de l’alarmer inutilement.

Putain ! Je l’avais tellement bien rassurée qu’elle a mis trois mois à la faire son échographie.

Trois mois de perdus.

Et si j’avais utilisé d’autres mots ? Et si j’avais pris le rendez-vous moi-même ?

D’autres ont déjà écrit sur cette responsabilité qui est la nôtre, ce poids qui repose sur nous, les enjeux des décisions que nous prenons. Dans bien des cas, si nous nous trompons, les conséquences ne seront pas bien méchantes, mais parfois c’est vraiment une question de vie ou de mort. Au sens premier de ces mots.

Si j’avais agi autrement, est-ce que ça aurait changé quelque chose ? Probablement pas. Mais qui peut en être sûr ? Certes, vu le diagnostic, les études nous disent que quelques semaines de plus ou de moins, ça ne modifie rien. Mais ce ne sont que des statistiques.

Si mes paroles ou mon attitude avaient été différentes ce jour-là, est-ce que le destin de Jane aurait pris un autre embranchement ? Je ne le saurai jamais.

Le passé ne se réécrit pas. Nous ne pouvons que composer avec.

Et vivre avec nos remords.


1 août 2012

Transpiration et endorphines

Petit billet vacancier en phase avec l’actualité olympique.

Il faut croire que le manque d’oxygène en altitude et les crampes dans mes mollets stimulent malgré tout mon inspiration.

C’est visiblement ce qui arrive quand les seuls muscles qu’on entraîne tout au long de l’année sont ceux des doigts sur le clavier et que l’on se retrouve en vacances avec un acharné des efforts sportifs !

Pour ceux qui ne connaissent pas Linda Lemay, commencez par vous mettre cet air en tête.

Ensuite, c’est par ici…

 

Lever 6 heures, le soleil dort,
Petites foulées pour le lancement.
Avec mon air de matador
Sans but précis, m’échauffer l’sang.
J’adore courir mais cette racine
Ne partageait pas le même avis.
Boiti-boitant, clopant-clopine,
Je rentre bander ma cheville.

J’aime le sport
Transpiration et endorphines
J’aime le sport
Mieux que le sexe, la cocaïne
J’aime le sport
Mes muscles, mes os j’les discipline
J’aime le sport

J’enfile mon bonnet, mes lunettes,
P’tit slip lycra et pattes rasées.
Je m’avance et puis je pique une tête,
Après la brasse, le dos crawlé.
J’adore nager mais c’est pas d’veine
De m’être fait bouffer quatre doigts.
L’Amazone juste après la Seine,
J’avais omis les piranhas.

J’aime le sport
Transpiration et endorphines
J’aime le sport
Mieux que le sexe, la cocaïne
J’aime le sport
Mes muscles, mes os j’les discipline
J’aime le sport

Maillot moulant sur mes tétons,
J’m'en vais me sculpter les mollets.
Vous allez voir mes p’tits pignons
Dans la montagne, j’vais vous soigner.
J’adore le vélo mais moins le mur
Où, r’descendant du Galibier,
J’me suis éclaté les fémurs
À la sortie d’une courbe serrée.

J’aime le sport
Transpiration et endorphines
J’aime le sport
Mieux que le sexe, la cocaïne,
J’aime le sport
Mes muscles, mes os j’les discipline
J’aime le sport

L’an prochain sans hésitation,
Si j’ai toujours deux jambes, deux bras,
Iron Man ou bien marathon,
Je m’en vais enchaîner les exploits.
Car c’est sur mon avant-dernier plâtre
Que l’on m’avait dédicacé,
Entre les sutures et les emplâtres,
Qu’le sport c’est bon pour la santé.

J’aime le sport
Transpiration et endorphines
J’aime le sport
Mieux que le sexe, la cocaïne,
J’aime le sport
Mes muscles, mes os j’les discipline
J’aime le sport