26 Juin 2010

In God we trust (ter)

« Miroir, mon beau miroir… » est une intéressante étude qui vient d’être publiée par le « Commonwealth Fund ». Il s’agit de l’actualisation 2010 de l’étude régulièrement menée et visant à comparer le système de soins des Etats-Unis à d’autres références internationales.

Le Commonwealth Fund est une fondation privée, créée en 1918 et siégeant à New-York, qui vise à l’amélioration des systèmes de santé aux Etats-Unis et dans les autres pays industrialisés.

Cette étude a comparé les systèmes de sept pays de l’OCDE. Avec une forte tonalité anglo-saxonne puisque les deux seuls pays non anglophones qui y figurent sont l’Allemagne et, pour la première fois, les Pays-Bas.

A la stupéfaction générale, les Etats-Unis arrivent… derniers des sept pays comparés.

En fait, ça n’a évidemment rien d’étonnant.

Plus précisément, ça ne surprendra pas grand monde que les Etats-Unis figurent à la dernière place en ce qui concerne les aspects de coût, d’accessibilité ou d’équité.

Mais ce qui est frappant, c’est qu’ils sont également derniers (ou avant-derniers) pour ce qui concerne la sûreté du système de soins, sa coordination et la qualité globale des soins. Par exemple, ils sont derniers pour des items tels que les erreurs de posologie médicamenteuse, le délai de notification de résultats anormaux, les pertes de temps dues à des défauts d’organisation, …

Ils sont également en queue de peloton pour l’espérance de vie et l’espérance de vie en bonne santé.

Et, en parallèle, leur système de soins coûte presque deux fois plus cher par personne que le deuxième au classement (le Canada) et trois fois plus cher que la Nouvelle-Zélande. Ce qui permet de conclure une nouvelle fois, qu’en terme de système de soins, décidément, il y a (nettement) pire mais que c’est (beaucoup) plus cher !

Quant aux deux pays qui finissent en tête du classement, il s’agit des Pays-Bas et du Royaume-Uni.

On peut remarquer qu’ils figurent presque partout aux deux premières places sauf pour le critère « système de soins centré sur le patient ». Ils arrivent bons derniers sur des critères tels que l’information délivrée aux patients ou la prise en compte de leurs préférences. Peut-être est-ce une autre manière de dire qu’ils privilégient des considérations de santé publique au détriment des considérations individuelles.

L’étude souligne par ailleurs une idée fausse communément répandue. Les délais d’accès aux spécialistes sont généralement longs dans certains pays comme le Royaume-Uni et le Canada, ce qui est généralement attribué au fait qu’il s’agit de systèmes fortement socialisés avec peu de participation financière des patients. Or c’est également le cas aux Pas-Bas et en Allemagne avec, pour ces deux pays, des délais d’attente faibles.

Quant au critère d’espérance de vie totale et de vie en bonne santé, c’est personnellement celui que je trouve le plus discutable. De nombreuses données démontrent qu’il s’agit d’un critère qui n’est que partiellement dépendant du système de soins. Beaucoup d’autres facteurs viennent impacter ces éléments : conditions économiques, habitudes alimentaires, politiques familiales, éducation, législation du travail, … C’est d’ailleurs un point que soulignent les auteurs eux-mêmes.

Vivement la prochaine édition en croisant les doigts pour que la France y figure. Quelque chose me dit qu’on risque bien d’être assez déçus de notre « meilleur système de santé du monde ».


22 Juin 2010

Fan club

J’ai un fan club.

Ce sont les personnes âgées du village qui habitent autour du cabinet. Une bonne petite bande qui ont été parmi mes premiers patients.

Parmi les membres du club, il y a René, Gérard et Madeleine. Et surtout des femmes, veuves pour la plupart.

Une laitue par ci, des tomates par là, une boîte de foie gras ou quelques oeufs, on me gâte.

Il y a en particulier Germaine, Charlotte et Simone. C’est le trio de choc de mon fan club. Ma garde prétorienne.

Gentilles comme tout. Grands sourires, bras levés, je les croise souvent dehors. Parfois au café, parfois alignées sur le banc en face du cabinet. Elles sont presque toujours fourrées ensemble.

Et parfois, en consultation, il y en a une qui se lâche :

« Oh, vous savez, Germaine ! Cette grosse tourte… »

« J’étais avec Simone, vous ne lui direz rien, hein. Parce qu’alors… elle est gentille n’est-ce-pas… Mais qu’est-ce qu’elle cause ! »

J’adore !


8 Juin 2010

Vacances

Un petit billet-parenthèses pour m’excuser par avance…

Je pars trèèès loin pour mes premières vraies vacances depuis trèèès longtemps.

Vu que je serai dans un endroit sans internet ni même électricité, je ne serai donc pas là pour valider les commentaires de nouveaux intervenants dans les prochaines semaines. Désolé donc, si vos commentaires n’apparaissent pas avant mon retour.

Je m’étais fixé pour principe de me cantonner à ma vie professionnelle dans ce blog mais je ne peux m’empêcher d’y faire un petit accroc.

Si donc, vous voulez vous épargner une réflexion personnelle et non médicale, vous pouvez vous arrêter ici, je vous dis à bientôt. 🙂

Sinon…

Comme je le disais, je pars dans un pays lointain et mes seules obligations se sont résumées à refaire mon passeport. Un peu glacé par le relevé d’empreintes digitales mais ce n’est pas la mort et je n’avais pas le choix…

Parallèlement, un ami turc m’a sollicité pour venir visiter notre beau pays durant cet été.

Il y a bien des années, alors que je me promenais sac au dos en Turquie, je l’avais rencontré dans un bus et il avait hébergé quelques jours l’inconnu que j’étais.

Bien la moindre des choses de lui rendre la pareille.

Seulement, dans ce sens là, c’est beaucoup moins facile. Il a fallu que je lui adresse une « Attestation d’accueil ».

Jusque là, je ne savais même pas que ça existait tellement c’était naturel pour moi que de partir à l’étranger ce n’était pas très compliqué.

Déjà, ça coûte 45 €. Cool.

Et puis, il a fallu que je passe à ma mairie pour présenter un justificatif de domicile, copie de ma dernière feuille d’imposition, de ma dernière taxe foncière, superficie de mon logement, nombre d’habitants, … On m’a épargné la carte de groupe sanguin.

Ça va que le maire n’est pas facho et que j’ai de bonnes relations avec lui.

Et surtout, j’ai signé un « engagement » stipulant que j’étais « informé de ce que, sur la demande du maire, un agent de ses services ou de l’office des migrations internationales est susceptible de venir procéder à mon domicile à une vérification de la réalité des conditions d’hébergement et (que) je déclare donner mon consentement à cette initiative. »

J’avais vraiment les boules en faisant tamponner ce formulaire…

Mais, bon, pas d’inquiétude, Brice, il n’y en a qu’un !


2 Juin 2010

Expectative

Je n’aime pas l’homéopathie et les homéopathes.

Oh, ils ne sont pas bien dangereux. Il faut leur laisser ça.

On pourrait même, comme pour la psychanalyse, défendre l’homéopathie comme un joyau de l’exception culturelle française. Hop ! Hahnemann et Freud entre le Beaujolais nouveau, Emmanuelle Béart et le croissant pur beurre.

Eh oui, il n’y a quasiment qu’en France que l’homéopathie a un tel droit de cité. Et c’est probablement le seul pays dont le système de Santé publique rembourse les petits granulés.

Alors, certes, elle ne repose sur aucun fondement scientifique sérieux. Rien ne permet d’expliquer son hypothétique mode de fonctionnement. Et il n’y a pas davantage d’études démontrant une efficacité spécifique au-delà de l’effet placebo.

Mais je ne vais pas rentrer dans ces débats qui rempliraient des pages et des pages et prêteraient à des controverses sans fin. Parce que, en fait, ce qui me pose problème dans l’homéopathie, ce ne sont pas ses spécificités.

Ce que je n’aime pas, c’est ce qu’elle a de commun avec l’allopathie.

Ce qui vraiment me hérisse le poil, c’est que, homéopathie ou allopathie, on reste dans cette satanée singularité française : un problème, une consultation, une ordonnance, un médicament.

Et quand je dis « un »…

On est triste, une gélule rouge.

On dort mal, un comprimé bleu.

On a le rhume, une cuillère de sirop vert.

On s’est fait un hématome, un coup de crème jaune.

On a mal au dos, des petits granulés blancs.

Pourquoi ? Pourquoi faut-il que 90% des consultations françaises se terminent par une prescription médicamenteuse quand ce n’est le cas que de 43% des consultations en Hollande ? Et, bien évidemment, sans aucune différence notable en termes de mortalité ou d’état de santé globale.

Pourquoi n’est-on pas capables de dire et d’entendre que, dans bien des situations, la nature n’est pas trop mal faite et que les choses vont rentrer dans l’ordre d’elles-mêmes quoi qu’on fasse. Ou que beaucoup de problèmes pourraient avantageusement se régler avec quelques modifications de l’alimentation ou des habitudes de vie. Un rhume ? Une semaine avec les médicaments, sept jours sans…

Fut une époque où les médecins pratiquaient « l’expectative ». Il leur arrivait de considérer que le moment n’était pas propice à leur intervention et que le mieux qu’ils pouvaient faire était de laisser les choses évoluer et de revenir voir le malade le lendemain.

Et cette attitude était considérée comme un authentique acte médical.

Ils n’avaient pas les moyens dont nous disposons actuellement, certes. Mais je crains que, précisément, la surabondance de nos techniques modernes ne soit le principal facteur de l’hypermédicalisation de nos vies.

A force de dire que la médecine pouvait tout soigner, on a fini par lui demander de soigner tout.

Voilà, chers amis homéopathes, pourquoi je vous en veux. Parce que, en vous étant arrêtés au milieu du gué, vous participez à cette escroquerie.

Lorsque vous expliquez que les médicaments « chimiques » ne sont pas toujours nécessaires et qu’ils font parfois plus de mal que de bien, vous avez parfaitement raison. Lorsque vous privilégiez des consultations longues et que vous accordez une écoute prolongée à vos patients – quand la consultation moyenne d’un généraliste ne dépasse pas 14 minutes -, vous faites bien.

Mais, pas plus que moi, vous ne savez « soigner » un rhume ou un hématome.

Et lorsque, invariablement, vous concluez vos consultations par des ordonnances à rallonge et que vos patients se retrouvent avec des valises pleines de petits granulés blancs, vous ne valez pas mieux que nous autres, « allopathes ».

Des deux pieds, vous sautez nous rejoindre dans le péché de l’hyperprescription.

Sans même avoir l’excuse de la rigueur scientifique. Ou, au moins, son ambition.

« Le grand problème de la production capitaliste n’est plus de trouver des producteurs et de décupler leurs forces mais de découvrir des consommateurs, d’exciter leurs appétits et de leurs créer des besoins factices. »

Paul Lafargue  – Le Droit à la Paresse – 1880 (on a bien avancé…)

 

Edition du 30/08/2011

L’amie Camomille m’a offert un dessin pour illustrer ce billet :